mardi 31 mars 2015

Niyaz – The Fourth Light (Six Degrees/Universal)


Niyaz – The Fourth Light (Six Degrees/Universal)

Le duo Niyaz pourrait être le nouveau résident du Buddha Bar à Paris tant ses rythmes, ses textures et son esthétique peuvent rappeler la tracklist des célèbres compilations du même nom. Fruit de l’association de deux artistes iraniens, la chanteuse Azam Ali et le compositeur multi-instrumentiste Loga Ramin Torkian, le projet fusionne les traditions musicales turco perses à une électro down-tempo hypnotique. Dans ce 4° opus baptisé The Fourth Light, Niyas nous présente un recueil de 9 titres rendant hommage à des auteurs engagés contre le patriarcat écrasant et l’oppression des minorités dans un Moyen Orient toujours tourmenté. Des textes de Rabia Basri, figure majeure de la philosophie soufie au VIII siècle ou de Kaifi Amzi, poète indien ourdouphone du XX siècle, sont ainsi mis en musique par la voix sublime d’Ali Amzi, dans des ambiances exaltantes alliant ses beats électro-ethniques et tribaux envoutants, aux mélodies brodées de sonorités acoustiques entêtantes de Loga R. Torkian au oud, guitare viole et Kamaan.

Luca Aquino – OverDOORS (Bonsaï Music/Tuk Music)


Luca Aquino – OverDOORS (Bonsaï Music/Tuk Music)
Le jeune trompettiste jazz Luca Aquino, disciple de Paolo Fresu, Enrico Rava et récemment de Manu Katché, nous présente son nouveau disque nommé OverDOORS. L’italien y rend hommage aux Doors à travers 10 interprétations (+ 1 composition) personnelles et libres où jazz, pop, métal et rock se télescopent dans une fusion psychédélique totale et débridée. Entouré de son bassiste Dario Miranda, son guitariste Antonio Jasevoli et son batteur Lele Tomasi, puis accompagné sur 3 titres par les voix de Rodolphe Burger, Carolina Bubbico et Petra Magoni (moitié du projet jazz/pop Musica Nuda avec Ferruccio Spinetti), Luca y évoque comment sa passion pour la musique de Jim Morrison l’a menée à celle de Miles Davis et Chet Baker, le poussant naturellement à s’intéresser plus tard aux possibilités de la musique électronique. Sa trompette électrifiée survole, presque nonchalante, les ambiances sombres, saturées, lourdes ou vaporeuses et les sonorités douces, brutales ou tranchantes mais toujours hypnotiques d’OverDoors. Pas d’excès de zèle ni de démonstration virtuose, Luca privilégie l’énergie, la complicité et la force d’improvisation de ses acolytes, ils s’égarent ensemble dans une vision ‘free’ de l’univers des Doors.

lundi 30 mars 2015

Bassekou Kouyaté & Ngoni Ba – Ba Power (Giltterbeat Records/Differ-Ant)


Bassekou Kouyaté & Ngoni Ba – Ba Power (Giltterbeat Records/Differ-Ant)

Considéré comme l’un des plus grands spécialistes du ngoni (luth séculaire d’Afrique de l’ouest), le malien Bassekou Kouyaté publie son nouveau Ba Power chez Glitterbeat Records. Ayant notamment collaboré avec le joueur de Kora Toumani Diabaté, le génial Damon Albarn ou encore le bluesman américain Tal Mahal (présent sur son précédent Jamo Ko), cet artiste visionnaire a su, sans le renier, s’affranchir du jeu traditionnel du ngoni en l’électrifiant et en le branchant à différents effets de distorsion ou de wah wah. Son groupe Ngoni Ba, composé de sa femme Amy Sacko au chant, de ses fils, neveux et frères, est renforcé entre autres par la présence du guitariste Samba Touré et du chanteur Adama Yalomba, ainsi que des chantres de la world fusion, Jon Hassell à la trompette et Dave Smith à la batterie. Bassekou Kouyaté nous livre son album « le plus puissant et le plus dense » où y sont véhiculées des valeurs universelles. L’énergie afro-rock que dégagent les riffs acérés et les ambiances psychédéliques de Ba Power, rendent hommage aux cultures Mandingues, Songhai et Touaregs qui vivent en harmonie depuis des temps immémoriaux, malgré les crises à répétition qui ravagent cette région depuis quelques années.

vendredi 27 mars 2015

Samba Touré - Gandadiko (Glitterbeat)


Samba Touré - Gandadiko (Glitterbeat)

Depuis ses débuts jusqu’à son fameux Albala paru en 2013 et qui recevait d’ailleurs les éloges d’une critique touchée par son engagement et séduite par sa qualité, le discret bluesman songhaï Samba Touré, disciple du grand Ali FarkaTouré (nous parlions ici de son fils Vieux Farka Touré), a toujours eu à cœur d’alerter ses concitoyens sur les problèmes qui accablent leur société gangrenée. Deux ans après la crise malienne, le pays demeure toujours instable et ce 7° opus intitulé Gandadiko indique, en affichant des rythmes, des couleurs et des humeurs moins sombres et plus positives, comment se relever sur les cendres encore fumantes d’une terre qui connut l’horreur. Un contraste que l’on apprécie en écoutant sa voix douce et apaisante, chanter sur les accents blues/rock corrosifs de sa guitare. Le guitariste devenu sage n’est plus en colère mais devient pédagogue, entouré de jeunes musiciens locaux, il compose une suite de ballades folk ancrées dans le folklore malien mais profondément chargée de modernité où se devinent les influences de John Lee Hooker, Bo Diddley, Serge Gainsbourg ou Tom Petty.

jeudi 26 mars 2015

Zomba Prison Project – I Have No Everything Here (Six Degrees/Universal)


Zomba Prison Project – I Have No Everything Here (Six Degrees/Universal)

Projet singulier que celui d’aller enregistrer un album avec une soixantaine de détenus dans la seule prison de haute sécurité du Malawi, république voisine du Mozambique située en Afrique Australe. En effet Ian Brennan, producteur du groupe Tinariwen, a offert à la population carcérale de Zomba un formidable moyen d’expression, permettant en l’espace des 10 jours d’un mois d’aout 2013, de retisser un lien social perdu entre hommes et femmes de la prison. Une certaine complicité est née, leur permettant ainsi de s’accorder sur des mélodies et des textes personnels et poignants. Agés entre 20 ans et 60 ans, pour la plupart condamnés à vie pour meurtre, vol, sorcellerie ou homosexualité, tous témoignent a capella ou accompagnés d’une guitare, d’une basse et d’une batterie rudimentaire de leur quotidien, évoquant leurs colères, leurs solitudes, leurs espoirs et leurs regrets. I Have No Everything Here rassemble 20 titres touchants et dépouillés, où les sonorités gospel, folks et blues flirtent avec les folklores locaux comme le kwela. Le Zomba Prison Project a déjà permis d’obtenir la libération de certains prisonniers condamnés arbitrairement ou même pas encore jugés, les bénéfices sont investis dans la défense de ces artistes d’un jour.

mercredi 25 mars 2015

Les Frères Smith – Free To Go (CC/CC)


Les Frères Smith – Free To Go (CC/CC)

Pilier de la scène afrofunk hexagonale, le collectif parisien les Frères Smith, qui œuvre partout en Europe depuis presque 15 ans, publie son second opus autoproduit intitulé Free To Go, il succède à Contreband Mentality, plébiscité par radio Nova, Fip et Mondomix.

Inspirés par Fela Kuti, père de l’afrobeat, Mulatu Astatké vénérable de l’éthio-jazz et James Brown roi du funk, les 12 musiciens ont insufflé dans ce disque, enregistré façon 70’s, « dans la grande tradition des albums au son chaud et massif de l’ère analogique », un vent de liberté et de vitalité bien éloigné des standards du mainstream.

On y retrouve bien sûr une impressionnante section cuivre sur-vitaminée (menée par Fab, Nico Sake, Roulio Smith et Loïc Debaert), posant les bases d’un éthio/afro-groove racé.

Les accents psychédéliques des claviers (de Manu Mani Smith) et les syncopes funky des guitares (d’Elvis Martinez et de Fabien Smith) faisant écho à la moiteur des soirées données au Shrine - temple dédié à la musique de Fela à Lagos - sont rejoints par une section rythmique des plus efficaces animée par le batteur Habibi Smith, les percussionnistes Alfwedo et Damien Smith et le bassiste Gwego Riz Smith.

Au chant, nous retrouvons le camerounais Prosper Smith (se confond avec Fela dans Free To Go) et l’envoutante Swala Emati Smith (remarquable dans Liar) invitant à leurs côtés l’immense diva malienne Mamani Keita sur Lamale, le guinéen chantre de la culture mandingue Djeli Moussa Conde dans Djilan et Milo, chanteur reggae/soul natif de la Barbade dans Trouble.

A l’instar des français d’Akalé Wubé avec leurs sonorités éthio-jazz et des canadiens du Souljazz Orchestra avec leur afro-jazz militant, les Frères Smith nous servent un Free To Go festif, généreux et fédérateur, gorgé de ces influences qui mettent un peu de soleil dans nos quotidiens d’urbains sédentaires tourmentés. Un peps salvateur distribué par une fratrie de coeur !

mardi 24 mars 2015

Rocky Dawuni – Branches Of The Same Tree (Cumbancha)


Rocky Dawuni – Branches Of The Same Tree (Cumbancha)

Considéré comme une véritable star dans son pays natal le Ghana, le chanteur rasta Rocky Dawuni, installé à Los Angeles, publie chez Cumbancha son sixième opus intitulé Branches Of The Same Tree. Bardé d’accents caribéens et pop,  influencé par l’afrobeat de Fela Kuti, le soft reggae de Bob Marley et l’activisme de Michael Franti, ce disque rassemble des références encore bien plus larges, rapprochant ainsi les rythmes de la samba au funk de la Nouvelle Orléans. Et c’est bien dans une optique de fusion et de générosité, de métissage et de partage que le porte-parole de l’UNICEF ou de la Fondation Carter agit depuis ses débuts. Conviant à ses côtés de nombreux invités prestigieux comme on le constate sur le premier single African Thriller, avec le trompettiste d’Ebo Taylor Osei Tutu, le batteur de Fela CC Frank ou le claviériste d’Outkast Dean Gant, Rocky propose une musique ouverte et universelle où les tonalités afro roots et jamaïcaines côtoient l’efficacité des productions de variété internationale.

A noter le groove étourdissant de la reprise, sur une rythmique afrobeat, de l’hymne emblématique de Peter Tosh et Bob Marley Get Up, Stand Up… Ainsi que la ballade Island Girl, aussi charmante que dépouillée, avec Tom Freund à l’ukulélé (partenaire de longue date de Ben Harper).
 

lundi 23 mars 2015

Fatoumata Diawara & Roberto Fonseca – At Home (Jazz Village/Harmonia Mundi)


Fatoumata Diawara & Roberto Fonseca – At Home (Jazz Village/Harmonia Mundi)

S’il fallait illustrer combien l’Afrique et l’Amérique latine sont intimement liées, ce concert capté le 4 aout 2014 au festival Jazz In Marciac et intitulé At Home y répondrait à merveille ! En effet la rencontre transatlantique du prodigieux pianiste originaire de la Havane, Roberto Fonseca et de la diva malienne Fatoumata Diawara sonne comme la fusion parfaite, tant au niveau des rythmes que des mélodies, entre le jazz aux accents afro-caribéens et la tradition mandingue aux couleurs pop.
 
L’énergie que dégage leur union artistique est brulante et leur groove enivrant, à l’image du titre afro pop Sowa, composé par Fatou et ouvrant l’album.
Roberto, dans Connection nous invite ensuite au gré des percussions ensorceleuses et de ses accords de piano jubilatoires à partager son africanité qu’il mâtine allègrement dans Yemaya d’une fougue jazz funk des plus entraînantes.
Real Family est une ballade acoustique troublante et engagée que Fatoumata chante en français et en bambara, elle y traite de la condition des jeunes femmes dans son pays.
Avec Clandestin, même si le propos demeure grave, le tempo s’accélère à nouveau et la chaleur se fait ressentir jusqu’à Neboufo et ses arrangements aériens évoquant des paysages magiques.
Entourés de Ramsés Rodriguez à la batterie, Joel Hierrezuelo aux percussions, Yandy Martinez à la basse, Sekou Bah à la guitare électrique et Drissa Sibide au kamélé n’goni (cousin de la kora), Fatoumata et Roberto ont développé une connivence évidente et naturelle, une complicité musicale et scénique radieuse à l’image de leur jeunesse et de leur beauté respective !


dimanche 22 mars 2015

Marcus Miller – Afrodeezia (Blue Note Records)


Marcus Miller – Afrodeezia (Blue Note Records)

Chaque disque de Marcus Miller est un évènement, chacun d’eux est une immersion dans son univers en fusion qu’il nous dépeint à grand renfort de slap et de lignes de basse massives au groove assassin. Après Renaissance paru en 2012, il publie Afrodeezia  sur le prestigieux label Blue Note, entouré d’un quintet exceptionnel : le saxophoniste Alex Han, le trompettiste Lee Hogans, le pianiste Brett Williams, le guitariste Adam Agati et le batteur Louis Cato. Nommé artiste de l’Unesco  pour la paix en 2013 et porte-parole du programme éducatif La Route De l’Esclavage, Marcus entreprend avec ce nouvel opus de « remonter à la source des rythmes qui font la richesse de son héritage musicale », de l’Afrique aux Etats-Unis , en passant par la France, le Brésil ou les Caraïbes.

Débutant son voyage initiatique en Afrique, il s’abreuve de culture mandingue au Mali, passe prendre le chanteur Alune Wade au Sénégale puis poursuit son exploration de l’ouest africain vers le Ghana berceau du Highlife, tout proche du Nigeria et plus précisément de Lagos terre de l’afrobeat et de Fela Kuti. Hylife est la première étape de son pèlerinage et constitue par la même le premier single d’Afrodeezia.

Dans B’s River, inspiré par sa femme Brenda au retour d’un trip en Zambie, Marcus au guembri (ainsi qu’à la basse et à la clarinette basse), Cherif Soumano à la kora, Guimba Kouyaté à la guitare, Adama Bilorou Dembele aux percussions et Etienne Charles à la trompette, nous invitent en Afrique Australe pour une ballade où jazz, mélodie pop et sonorités ancestrales font bon ménage autour d’une rythmique hypnotique, avant de descendre en Afrique du sud écouter les chœurs interpréter du gospel.

Dans Preacher’s Kid (Song For William H), dédicacé à son père William, Marcus troque en effet sa guitare basse pour une contrebasse et rassemble autour de lui l’organiste Cory Henry (Snarky Puppy) et une chorale d’exception composée des voix d’Alune, Lalah Hathaway (oui oui, vous ne rêvez pas !), Julia Sarr et Alvin Chea des Take 6.

Traversons l’Atlantique maintenant, les rythmes chaloupés de la samba font leur entrée avec un titre coécrit par un héro de la MPB Djavan, We Were There. Le pandeiro et autres percussions de Marco Lobo servent d’écrin à une bassline ‘millerienne’ tonique, rejointe par le solo du pianiste de génie Robert Glasper au Fender Rhodes (pincez vous une nouvelle fois !) et par les chœurs d’inspiration brésilienne menés par le scat brulant de Lalah.

Dans un thème plus classique, Mr Miller et sa bande nous livre un Papa Was A Rolling Stone des plus funky, si vous êtes pris de tremblements et de vertiges pas d’inquiétude, ce doit être à cause des riffs de guitares électriques et acoustiques du légendaire Wah-Wah Watson (présent dans la version originale des Temptations) et du bluesman Keb’ Mo’, ou bien du souffle électrisant de l’excellent trompettiste Patches Stewart.


C’est le violoncelliste classique Ben Hong, notamment remarqué au côté de Bobby McFerrin et de l’orchestre philarmonique de Los Angeles, qui nous fait prendre de la hauteur grâce à sa délicate interprétation d’une composition du français George Bizet, I Still Believe I hear (Je Crois Entendre Encore). Guitare basse et violoncelle semblent évoluer en apesanteur, jouant à l’unisson une mélodie faite d’arabesques.

Son Of Macbeth et ses accents caribéens nous plonge ensuite dans une mer au bleu azur, le genre de paysage idyllique où le calypso s’anime sur les sonorités métalliques des tambours d’acier, ici domptés par le joueur de steel drums Robert Greenridge. Ce titre est un hommage au percussionniste originaire de Trinidad et Tobago Ralph Macdonald, qui débuta sa carrière dans la troupe du crooner Harry Belafonte.

L’intermède alléchante Prism nous fait songer, le temps de ses 30s, à la magie du groove nusoul d’un Woodoo de D’Angelo, sensuel et addictif. Il semble être extrait d’une jam session enregistrée sur un vieux dictaphone par Marcus et ses réguliers.

 
Xtraordinary et ses reflets pop est une autre de ces sublimes ballades évoquant l’habileté qu’a le compositeur à fusionner les genres musicaux, un peu à la manière du bassiste et chanteur camerounais Richard Bona. Alvin Chea y fredonne avec son timbre de voix très bas une mélodie enivrante tandis que Marcus, à la guitare basse gémissante, se met aussi à la kalimba, instrument africain 3 fois millénaire.

Water Dancer porte bien son nom, hymne à la danse et à la fête porté par une énergie débordante, il pourrait être le thème joué par un brass band électrifié de la Nouvelle Orléans. A noter la participation d’Ambrose Akinmusire à la trompette, Michael Doucet au violon et Roddie Romero à l’accordion.

En clôture d’Afrodeezia, Marcus a convié le beatmaker Mocean Worker et la moitié de Public Enemy Chuck D, pour un I Can’t Breathe electrojazz s’ouvrant avec une ritournelle gnawa interprétée au guembri  par notre serviteur en personne, bientôt rejoint par les séquences du producteur, bassiste et chanteur natif de Philadelphie et le flow revendicateur d’un des piliers du hip-hop engagé et politique.

Marcus Miller voulait à travers ce projet célébrer la musique afro-américaine et montrer qu’elle pouvait donner de la voix à ceux qui n’en n’avait pas, à l’instar des esclaves arrachés à leur terre natale et enchaînés à une autre, qui ont ainsi fait naître malgré l’oppression de nouvelles formes d’expressions hybrides et syncrétiques, comme l’ont été le gospel, le blues puis le jazz et la soul... 
 
 
 
 
 
… Good Job !

vendredi 20 mars 2015

Omar Sosa Quarteto AfroCubano – Ilé (World Village/Harmonia Mundi)


Omar Sosa Quarteto AfroCubano – Ilé (World Village/Harmonia Mundi)

L’immense pianiste et percussionniste cubain Omar Sosa nous revient, après le succès de son précédent Eggun, avec un disque aux couleurs plus urbaines et toujours parsemé de reliefs électroniques, fusionnant les influences afro-caribéennes au  jazz contemporain,  rehaussé ici et là de slam et d’accents flamenco. S’il rendait hommage au célèbre Kind Of Blue de Miles Davis avec son Afri-Lectric Experience, l’artiste virtuose s’entoure pour Ilé (‘terre natale’ en Yoruba) du Quarteto AfroCubano, composé de son ami d’enfance originaire comme lui de Camaguey le batteur Ernesto Simpson, du bassiste mozambicain Childo Tomas et du saxophoniste Leandro Saint Hill, marquant ainsi sa volonté d’un retour aux sources de la culture de son île natale. Invitant le rappeur de Washington Kokayi, remarqué au côté de Steve Coleman, le chanteur espagnol José ‘El Salao’ Martin ou encore le guitariste Marvin Sewel, Omar et ses complices sous régalent d’un recueil de 14 compositions où « musiques du grand sud »  et groove subtil du nord s’entrechoquent en alternant ballades atmosphériques et titres aux arrangements plus rythmés.
 

mardi 17 mars 2015

DjeuhDjoah & Lieutenant Nicholson - T’Es Qui ? (Hot Casa Records)


DjeuhDjoah & Lieutenant Nicholson - T’Es Qui ? (Hot Casa Records)

Quelle belle surprise que ce T’Es Qui ? du tandem hexagonal formé par DjeuhDjoah & Lieutenant Nicholson ! Saturé de la chaleur et des vibrations camerounaises et caribéennes (Soleil Au Réveil), agrémenté d’un groove jazz/funk entraînant (On N’a Pas Commencé), de sublimes mélodies pop (Maxine) et d’une pincée d’electro enjouée (Quelle Folle Idée), ce disque est un véritable rayon de soleil bourré de légèreté et de ritournelles entêtantes. Léger mais pas superficiel, il aborde certes le thème des filles (Cupidon) et de la musique (Mets L’Audio) mais traite aussi d’autres sujets plus engagés, à l’image d’Un Tout Le Monde Pense en forme d’hommage à l’afrobeat de Fela Kuti. T’Es Qui ? est un premier essai plus que convainquant ! A noter la participation d’Ours, un fidèle acolyte du duo, sur le très jazzy Goujat.

Saun & Starr – Look Closer (Daptone Records/Differ-Ant)


Saun & Starr – Look Closer (Daptone Records/Differ-Ant)

Saudra Williams et Starr Duncan Lowe se rencontrent à Harlem vers la fin des 80’s, mais poursuivant chacune une carrière solo, elles ne se retrouvent sur scène que quelques années plus tard, autour de l‘icône Sharon Jones, devenue depuis l’égérie soul/funk de la maison de disques Daptone Records. C’est par l’entremise du label basé à Brooklyn qu’elles publient leur premier opus intitulé Look Closer, enregistré bien sûr avec leurs complices The Dap-Kings et produit par le boss Gabriel Roth. Baptisées The Dapettes à l’époque où elles œuvraient dans les chœurs de Sharon, Saun & Starr prennent enfin leur envol avec un album de 11 compositions aux sonorités racées, ancrées dans l’héritage gospel, soul, rhythm’n’blues et funk des années 60-70. Un petit plaisir à ne pas bouder !


D-BangerZ – Hip-Hop Centipède (Underdog Records)


D-BangerZ – Hip-Hop Centipède (Underdog Records)

Les 5 potes originaires de Mulhouse et formant le crew D-BangerZ publient, par l’entremise du label français Underdog Records, leur premier LP intitulé Hip-Hop Centipède. Nous proposant un hip-hop hybride bardé d’influences electro, trap et dubstep, les 4 MCs Astrokif, Boston J, James Res, Mic Lori et le beatmaker Broad Rush arborent en studio comme sur scène une posture rock’n’roll, faisant voler en éclats les clichés du rap en y déversant leurs flows incisifs et engagés, bourrés d’impertinence et d’humour potache. Invitant les montréalais de Random Recipe avec leurs influences pop, les anglais de Virus Syndicate pour leur son grime/dubstep et le chanteur soul scandinave Jonas Rendbo, D-BangerZ s’installe dans le paysage musical hexagonal à grand renfort de basses bourdonnantes et de beats syncopés.

dimanche 15 mars 2015

WE ARE DEFECTED

WE ARE DEFECTED

En grand fan de ce label londonien, spécialisé dans la musique house et actif depuis 1998 sous la direction de son fondateur Simon Dunmore, je me devais de partager ici quelques mots sur ses actualités. Incarnant l'image d'une des maisons de disques les plus respectées dans le milieu de la musique électronique, Defected Records a promu et produit les succès des plus grands DJs/producteurs de ces 15 dernières années, parmi lesquels on retient Finally de Kings Of Tomorow alias Sandy Rivera  paru en 2000, Love Generation de Bob Sinclar sorti en 2005, Hey Hey de Dennis Ferrer en 2009 ou tout récemment l'énorme Do You Feel The Same de Hercules & Love Affair.

Principalement axée sur la house telle qu'elle fut ébauchée par les précurseurs Frankie Knuckles, Steve 'Silk' Hurley ou Larry Heard dans les années 80, Defected a toujours su conserver son esthétique racée sans succomber aux chants des sirènes commerciales et mainstream,
En juin 2013, sans pour autant déroger à sa ligne de conduite initiale, elle lance un nouveau label nommé DFTD, lui permettant de placer sous les projecteurs des artistes s'aventurant dans des styles electro plus variés. Une nouvelle scène plus fraîche et plus diversifiée se dégage alors, dont ces quelques noms Christoph, Nice7, Andre Lodemann, Rampa ou Guti parmi d'autres tout aussi talentueux.

Présentes dans la plupart des spots emblématiques dédiés à la musique électronique, Londres bien sûr, mais aussi Singapour, Ibiza, Goa, Eivissa, Tokyo, Amsterdam, Miami, Jakarta... les signatures du label sont parmi les têtes d'affiches des plus illustres dancefloors du Pacha au Zouk, en passant par le Boom, le Dragon Fly, le Ministry Of Sound,.. Les grands festivals sont aussi devenus au fil des années une vitrine essentielle pour écouter et remuer sur les sets endiablés de ces héros des platines : Ultra Music Festival, Winter Music Conference, BPM Festival, Sundown Festival, Outbreak Festival, Amsterdan Dance Event ou encore Weather Festival à Paris.

Régulièrement, Defected Records propose ses maxis, EPs, singles, LPs sur les différentes plateformes de téléchargement et particulièrement sur iTunes, ainsi que leurs versions sur supports physiques. Différentes séries de compilations marquent les saisons, exposent les plus grands succès annuels ou laissent carte blanche aux DJs/producteurs les plus en vogue. Defected In The House Miami ou Ibiza, Most Rated, Defected Presents(MK, Dimitri From Paris, Gilles Peterson, Miguel Migs...)In The House, House Masters, Opening et Closing Party...

Tout récemment, ce sont les compilations Most Rated Miami 2015 et Defected In The House Miami 2015 qui captent l'attention des amateurs de house et de deep house, en effet elles rassemblent des tubes brûlants - titres originaux et remixes - qui ont animé les soirées de cet hiver et animeront celles de ce printemps : What Do You Want feat. Meshell Ndegeocello (Rodriguez Jr Remix) de Miguel Migs, Searchin 4 You (Original Mix) de Ripperton, Highway 101 (Original Mix) de Groove Armada ou Sing It Back (Mousse T.'s Feel Love Mix) de Moloko.







Une dernière chose, DJ Sam Divine nous livre chaque lundi un podcast de 60 minutes où elle mixe l'actualité du label en donnant quelques infos importantes sur le calendrier, les sorties...
C'est disponible ici sur iTunes !

A écouter ce titre qui tourne depuis quelques semaines sur les platines, un remix réalisé par Claptone de Liquid Spirit extrait du dernier opus (au titre éponyme) du crooner Gregory Porter. On se souvient d'ailleurs de son 1960 What? repris par Opolopo en 2012 pour un Kick & Bass Rehub des plus efficaces.



vendredi 13 mars 2015

Pascal Schumacher - Left Tokyo Right (Laborie Jazz/Socadisc)


Pascal Schumacher - Left Tokyo Right (Laborie Jazz/Socadisc)

Dès l’ouverture de son Left Tokyo Right avec le morceau  Nambu-Tekki, le vibraphoniste luxembourgeois Pascal Schumacher nous plonge dans un univers musical somptueux, subtil et raffiné, à la croisée des cultures nippones et européennes. Le compositeur y décrit ses impressions urbaines ressenties lors d’une résidence à Tokyo. Le disque reflète sa vision d’une ville de contrastes, celle d’un Japon traditionnel et d’une culture pop super-moderne et kitsch. Entouré des excellents Franz Von Chossy au piano/Fender Rhodes, Jens Düppe à la batterie et Pol Belardi à la basse/contrebasse, Pascal a convié la harpe d’Aliénor Mancep, la flûte de Magic Malik (prenant des reflets de Shinobue), la trompette de Verneri Pohjola et le saxophone de Sylvain Rifflet. Il fusionne les ambiances jazz, pop et classiques au japonisme, arborant quelques accents électriques où le groove surgit parfois au gré d’une mélodie chatoyante comme dans le sublime Matcha Desire et se mue ailleurs en déferlement quasi psychédélique de sonorités qui s’éparpillent pour mieux se confondre (Wabi-Sabi). Empruntant le titre Lilia au répertoire du brésilien Milton Nascimento pour un duo intimiste flûte/vibraphone poignant et Merry Christmas Mr Lawrence (extrait de la BO de Furyo) à Ryuichi Sakamoto pour un exercice en quartet étourdissant de douceur et d’éloquence, l’artiste nous dévoile 7 autres morceaux inédits orchestrés avec brio, se découvrant comme les pages d’un carnet de voyage, tantôt griffonnées à tout va, tantôt renseignées avec précaution.

S’il fallait ne choisir qu’un seul des joyaux de Left Tokyo Right, alors j’opterais pour Sakura San, introduit par Aliénor et rejoint par l’ensemble des musiciens et guests. Après 1mn30s de montée vibrante, une rythmique hip-hop/jazz au cœur funky nous fait hocher la tête en cadence et claquer des doigts, Malik Mezzadri nous prouve (comme à son habitude) qu’il mérite bien son nom de scène et Verneri Pohjola qu’il est un nouveau talent à suivre de très près !

Ata Kak - Obaa Sima (Awesome Tapes From Africa/Differ-Ant)

Ata Kak - Obaa Sima (Awesome Tapes From Africa/Differ-Ant)

Né au Ghana en 1960, Atta-Owusu alias Ata Kak apprend la musique sur le tard, séduit par le son de la Motown il devient d'abord batteur dans un groupe de reggae puis de highlife. Loin de vivre de sa passion, il est tour à tour professeur d'anglais, de musique et même cuisinier. C'est en amateur qu'il décide en 1991 de faire ses propres enregistrements dans un home studio de fortune à Toronto, équipé d'un synthétiseur avec boite à rythmes, d'un enregistreur, d'une table 12 pistes et d'un ordinateur Atari. Les 7 titres de Obaa Sima expriment ses influences, entre sensibilités pop, house, afrobeat et hip-hop, le tout interprété en langage Twi (dialecte ghanéen) et dégageant une esthétique lo-fi amusante et finalement très actuelle. Loin des productions léchées et standardisées (c'est le moins que l'on puisse dire), l'album initialement paru au format cassette en 1994 et distribué qu'à une cinquantaine d'exemplaires, est réédité grâce à l'entremise du label Awesome Tapes From Africa dirigé par Brian Shimkovitz, tête chercheuse de raretés africaines qui découvre une copie d'Obaa Sima lors d'un voyage à Cape Coast en 2002. C'est cette trouvaille qui lui donnera d'ailleurs l'envie de créer, 4 années plus tard, sa maison de disque prolongée d'un blog incontournable pour les amoureux de musique underground made in Africa.

jeudi 12 mars 2015

Jonny Faith - Neon (Single) (Tru Thoughts Records)

Jonny Faith - Neon (Single) (Tru Thoughts Records)

Le label anglais Tru Thoughts nous présente Neon, second single extrait du premier album de Jonny Faith, Sundial . Le jeune Dj/producteur originaire d'Ecosse et installé à Melbourne nous y propose 3 titres aux sonorités electronica cosmiques et organiques, domptés avec grâce et volupté par une sensibilité dub nourrie d'influences jungle, footwork, duke, hip-hop, abstract et drum & bass.
Neon et Revolve, purs bijoux ambient, trouveront surement leur place dans la séléction chill-out d'une plage azuréenne.

The Empire Of Sound – Out Of The Norm (L’Autre Distribution)


The Empire Of Sound – Out Of The Norm (L’Autre Distribution)

Forcément, quand Mattic est dans la place on ne peut que s’attendre à un déferlement de grooves jazzy et de flows old-school des plus classieux. Le projet Empire Of Sound est né de la collaboration entre le MC américain et le beatmaker français Juke, claviériste addict de la chaleur analogique. Leur passion commune pour la black music, notamment le jazz, la néo soul et le hip-hop, ainsi que leur désir de jouer et d’enregistrer en live, les poussent à s’entourer d’un véritable jazz band. Rejoint par le batteur Romain Joutard, le bassiste Julien Hermé, le guitariste Benoît Medrykowski et le saxophoniste /Dj Lucas Saint Cricq, le duo nous proposent 12 compositions séduisantes et inspirées, dont les références sont puisées dans le jazz teinté d’accents urbains des excellents Roy Hargrove et Robert Glasper, le rap east-coast de The Roots et Talib Kweli sans omettre la référence R&B absolue, D’Angelo, incarné par la voix sensuelle de Gimenez E dans le brulant Lost My Soul Into You. Outre le crooner soul originaire du sud-ouest, Out Of The Norm nous présente les chanteuses Lil Swan et Mafé, les rappeurs Racecar et Justin Percival… Du très beau monde en somme pour un disque qui enjambe l’Atlantique, fusionnant deux univers aux trajectoires distinctes mais s’accordant  comme une évidence !

mardi 10 mars 2015

John Milk – Treat Me Right (Underdog Records)


John Milk – Treat Me Right (Underdog Records)

John Milk, incarnation française d’un son onctueux et roots publie Treat Me Right. Influencé par les plus belles années de la Motown et le répertoire des légendes jamaïcaines Bob Marley et Peter Tosh, ce premier opus racé nous évoque forcément les sonorités philly soul au groove sensuel et efficace des 60’s 70’s, un peu à la manière des récentes sorties de Silk Rhodes et Tuxedo chez Stones Throw Records. Originaire de Lyon, le claviériste et chanteur à la voix de velours, dont le timbre se compare aisément à celui de Mayer Hawthorne, s’est associé au producteur et bassiste parisien Bruno ‘Patchworks’ Hovart (Metropolitan Jazz Affair, The Dynamics…), leur rencontre a produit un disque soul nébuleux sans artifice, bardé d’énergie P-funk (Till Our Soul Gets Up), d’accents reggae vintage (Talk Is Cheap) et habité de ballades survolées par les spectres bienveillants de Curtis Mayfield et des Delfonics (Give More Than Time). Après les Dafuniks et leur univers hip-hop/soul/funk, le label basé à Paris Underdog Records nous présente sa nouvelle recrue qui, d’emblée, tire en plein mille !

 

lundi 9 mars 2015

Yilian Canizares – Invocacion (Naïve)



Yilian Canizares – Invocacion (Naïve)

La toute jeune violoniste et chanteuse installée en Suisse Yilian Canizares nous présente son second opus intitulé Invocacion. Originaire de la Havane, elle allie avec fougue et passion les folklores afro-cubains au jazz moderne, y intégrant quelques accents de musique classique et des éléments de la culture Yoruba. Elle élabore au violon un swing dont le lyrisme nous ramène irrémédiablement vers celui de notre modèle absolu Stéphane Grapelli, un petit faible pour la France qu’elle manifeste d’ailleurs en reprenant un air immortalisé par Edith Piaf, Non Je Ne Regrette Rien. Sa voix puissante et délicate à la fois, effleure de sublimes ballades aériennes et ensorceleuses comme Breoni Abebe Osun et Toi Mon Amour ou accompagne les ambiances brulantes aux rythmes plus soutenus de titres comme Mapucha ou Laïla, dans lequel ses vocalises prennent la forme d’un scat presque guerrier doublé par un jeu virtuose et incisif au violon. Entourée de ses trois comparses - Daniel Stawinski au piano, David Brito à la basse et contrebasse, Cyril Regamey à la batterie et aux percussions - avec qui elle partage la scène et les studios, Yilian forme le quartet Ochumare (du nom de Ochun, orisha des eaux et rivières, déesse de la beauté dans la santeria) qu’elle agrémente en toute fin d’Invocacion, par l’invitation de la poétesse à la vibe hip-hop/jazz Akua Naru, sur un Iya Mi envoutant teinté d’un groove urbain auréolé de volutes caribéennes.

Belle découverte !


vendredi 6 mars 2015

Magic Drum Orchestra - Crunked Up (Tru Thoughts Records)

Magic Drum Orchestra - Crunked Up (Tru Thoughts Records)

Le Magic Drum Orchestra dont nous parlions  lors de la parution de MDO Sessions 1, publie Crunked Up, single extrait de son EP paru en 2014 chez Tru Thoughts. Largement influencé par les batucadas brésiliennes, la drum & bass et le hip-hop, l'ensemble de percussions basé au Royaume-Unis interprète ici un titre de Benga, figure importante du dubstep, en y incorporant quelques accents bien sentis de samba et d'afrobeat.
Pas de logiciels ni de MPC, juste un sifflet, quelques dizaines de peaux tendues et un sens aiguisé du groove et du partage !

mercredi 4 mars 2015

Naïssam Jalal & Rhythms Of Resistance - Osloob Hayati (Les Couleurs du Son/L’autre Distribution)


Naïssam Jalal & Rhythms Of Resistance - Osloob Hayati (Les Couleurs du Son/L’autre Distribution)

La jeune flutiste parisienne d’origine syrienne Naïssam Jalal, accompagnée de son ensemble cosmopolite Rhythms Of Resistance, nous présente Osloob Hayati. Après des études au Conservatoire, elle entreprend un voyage initiatique pour Damas afin d’y étudier les richesses musicales de ses racines, puis pour l’Egypte du maître et violoniste Abdu Dagher et du pianiste FathI Salama. Cette formation lui permit de bâtir un répertoire singulier, à la croisée des influences arabes et européennes, posé sur des bases traditionnelles et s’élevant vers un langage où le sens du mot Liberté résonne plus que nulle part ailleurs ! Exploratrice engagée et aventurière résistante, Naïssam donne forme à son projet lors des révoltes du monde arabe en 2011, il vise à lutter contre le repli identitaire en s’ouvrant au métissage, au partage et à la rencontre. Elaborant de larges plages contemplatives et méditatives (Osloob Hayati, Om Alshahid), dressant de grands espaces où la moiteur de l’Orient et la frénésie de ses transes (Etrange Samaï, Beirut) rencontre le groove ardent et fougueux du jazz contemporain (Parfois C’est Plus Fort Que Toi, Visite Matinale, Nomades), Naïssam Jalal & Rhythms Of Resistance tracent dans le sable les contours d’une terre d’accueil sans Frontières strictes où rien ni personne ne s’oppose.

mardi 3 mars 2015

Tal National – Zoy Zoy (Fat Cat/Differ-Ant)


Tal National – Zoy Zoy (Fat Cat/Differ-Ant)

C’est une explosion de sonorités urbaines hypnotiques et de rythmes brulants issus des steppes ouest africaines que nous propose d’écouter le nouvel opus Zoy Zoy, du groupe ancré à Niamey, Tal National. Succédant à Kanni qui, grâce au producteur américain Jamie Carter, eut une écoute internationale en 2013, il fut lui aussi enregistré de façon roots et artisanale dans un studio poussiéreux de la capitale du Niger. En croisant les sonorités du Nigéria (afrobeat), du Mali (culture mandingue) et du Ghana (highlife) côtiers, ainsi que les différents folklores composant l’identité nigérienne, le leader Almeida (guitariste, enseignant, juge, greffier et ancien footballeur) inonde les 8 titres de riffs véloces d’une guitare congolaise énergique, inspirée par la tradition des grands orchestres d’Afrique de l’Ouest. Tal National, formation pluriethnique puisqu’y sont présents des musiciens Arabes, Touaregs, Songhais, Fulanis ou encore Hausas, interprète un répertoire traditionnel largement réactualisé et engagé, dont le propos est souvent d’honorer la femme et sa condition dans une société nigérienne malheureusement écrasée par le poids du religieux.