samedi 28 février 2015

Tuxedo – Tuxedo (Stone Throw Records)

Tuxedo – Tuxedo (Stone Throw Records)

Retour au son sophistiqué du disco funk des années 80 avec les 12 pépites de deux américains tirés à 4 épingles, Tuxedo. Le duo se compose de deux poids lourds de la nouvelle scène hip-hop/soul/R&B, l’excellent multi-instrumentiste/chanteur originaire de Détroit Mayer Hawthorne (propulsé en tête des charts en 2009 grâce à son délicieux Just Ain't Gonna Work Out inspiré des Delfonics) et le Dj/beatmaker de Seattle Jake One (qui a notamment produit pour Drake, Rick Ross ou 50 Cent…). C’est sur le label californien de Peanut Butter Wolf, Stone Throw Records (Madlib, J Dilla, Snoop Dogg, Aloe Blacc …), que nos deux larrons, baignant dans l’héritage du hip hop de Public Enemy et de la Motown, publient leur premier opus au titre éponyme. Michael Collins et Sasha Desree avec leurs sonorités soul minimalistes nous avaient déjà enthousiasmé lors de la toute récente sortie sur ce même label du sublime Silk Rhodes, c’est dans une veine plus funky et dancefloor, dans l’esprit de Chic, The Whispers ou Shalamar, que Tuxedo nous présente un disque au groove efficace et contagieux, dont certains titres comme R U Ready, Watch The Dance ou Do It, auraient facilement trouvé leur place dans la tracklist des nuits folles du Studio 54 à New York.

Rien de neuf, c'est sûr, puisqu’il s’agit d’un retour aux sources que les Daft Punk ont largement contribué à mettre en lumière avec leur Random Access Memories, et que d’autres ont aussi exploré avec brio comme Mark Ronson, Bruno Mars ou Pharrell Williams… Mais qu’importe tant que c’est bon !

mardi 24 février 2015

Polar Bear – Same As You (The Leaf Label/Differ-Ant)


Polar Bear – Same As You (The Leaf Label/Differ-Ant)

Les anglais de Polar Bear nous reviennent avec Same As You, un disque nous présentant une musique toujours aussi bardée d’expérimentations sonores et d’aventures instrumentales dans un territoire jazz aux frontières mouvantes. Dirigé par le batteur Sebastian Rochford, le quintet nous dévoile une entité musicale tantôt cool, free, fusion et acoustique, tantôt électro, afro et funky, pour faire court : progressive ! Mêlant les structures jazz à des textures electronica, des beats hip-hop et des rythmiques rock, Polar Bear plonge l’auditeur dans un espace en expansion, où les mélodies se cousent et se décousent au fil d’un groove parfois nébuleux, parfois percussif ! Innovant, le groupe est considéré comme l’un des plus brillants de la sphère jazz britannique et même au-delà, dixit le pianiste/chanteur/animateur radio Jamie Callum.

 
 

lundi 23 février 2015

Laura Perrudin – Impressions (L’Autre Distribution)


Laura Perrudin – Impressions (L’Autre Distribution)

Une enfance bercée par le jazz, un double cursus en harpe celtique et en harpe classique (à pédale) au Conservatoire, un grand appétit pour la pop, l’électro, la soul, le hip-hop et une curiosité infinie pour les nouvelles technologies. La jeune harpiste bretonne Laura Perrudin nous livre son premier opus solo intitulé Impressions, somme de son parcours sinueux et de ses goûts éclectiques. La harpe n’étant pas un instrument taillé pour le jazz elle n’a souvent joué qu’un rôle mineur et décoratif dans les orchestres (avec le principe du glissando), avant d’atteindre un statut plus noble avec le rock et la pop, parfois électrifiée et couplée à des machines. Laura s’est donc associée au luthier Philippe Volant pour se forger une harpe celtique à cordes alignées entièrement chromatique, plus adéquate aux évolutions harmoniques du jazz contemporain. Impressions rassemble 13 compositions dont les textes, qu’elle chante avec douceur et sensualité, sont extraits des œuvres d’illustres auteurs anglais et américains (Shakespeare, O. Wilde, E.A. Poe, J. Joyce…). L’artiste y exploite le plus largement les possibilités que lui offre ce nouvel instrument qu’elle allie à la puissance de ses machines, créant ainsi une fusion subtil entre sonorités acoustiques du monde « réel et palpable » - organiques et humaines – et textures électroniques du « monde sonore parallèle ou virtuel » « ouvrant des horizons de découvertes infinis ». Impressions nous évoque donc à la fois un univers électro jazz sophistiqué teinté d’accents celtiques et des ambiances folk/pop façon Norah Jones, gracieuses et enivrantes. Laura Perrudin y a tout conçu, voix, percussions, harpe et programmations, jusqu’à la post-production… Un travail abouti et bourré de bonnes idées, une technique pointue et exigeante, une sensibilité inspirée et délicate.

Sonnet VII, qui explore les couleurs nu soul, est pour moi le titre le plus marquant. J’ai l’impression d’y retrouver le groove et la voix  d’Esperanza Spalding ayant troqué sa contrebasse pour une harpe celtique !

Nicolas Hillali*****


vendredi 20 février 2015

Michele Campanella & Javier Girotto - Musique Sans Frontières (CamJazz/Harmonia Mundi)


Michele Campanella & Javier Girotto - Musique Sans Frontières (CamJazz/Harmonia Mundi)

Prenons de la hauteur et laissons nous happer par la beauté et l’élégance du projet de deux musiciens aux univers à priori bien distincts : celui du pianiste classique italien Michele Campanella (spécialiste de Franz Liszt) et du saxophoniste jazz argentin Javier Girotto (ayant collaboré avec l’ONJ, Stefano Bollani, Paolo Fresu…). Tous deux, sous la direction du producteur de CamJazz, Ermano Basso, échangent leurs maîtrises, leurs affinités et leurs sensibilités autour de 15 pièces issues des répertoires de Maurice Ravel et Claude Debussy. On y distingue les frontières ténues qu’il put y avoir entre la musique classique avant-gardiste du début du XX° siècle et l’émergence du jazz, la rigueur de la grande musique et la liberté d’improvisation de celle aux notes bleues ne s’opposent pas, bien au contraire, elles s’accordent sur une exigence, une technicité et une écriture pointue ; la curiosité poussant l’une et l’autre à s’étudier voire à s’influencer. Bill Evans, par exemple, est redevable aux deux compositeurs impressionnistes, fascinés en leur temps par ces sonorités noires américaines, comme le blues et le ragtime, qui allaient donner naissance au jazz.

Troyka – Ornithophobia (Naim Jazz/Bertus)


Troyka – Ornithophobia (Naim Jazz/Bertus)

Le trio londonien Troyka publie son 3° opus studio intitulé Ornithophobia. Mixé à Berlin par le bassiste/producteur suédois Petter Eldh, ce disque mêle habilement l’esprit créatif du jazz aux expérimentations sonores du post-rock en s’imprégnant du blues, des sonorités électroniques du trip-hop et des rythmiques alambiquées de l’abstract hip-hop. Constitué de Kit Downes aux claviers, Chris Montagne à la guitare/loops et Josh Blackmore à la batterie, Troyka nous livre un album aux atmosphères sombres, complexes mais envoutantes, alternant les moments planants et les passages plus incisifs, tracés au couteau par une guitare angoissante et les motifs polyrythmiques d'un batteur affuté. Inspiré d’une phobie de Chris pour les volatils, le groupe a composé 9 titres évoquant un Londres cauchemardesque habité d’oiseaux à taille humaine imaginés par l’artiste Naiel Ibarrola.

jeudi 19 février 2015

Buena Vista Social Club – Lost & Found (World Circuit)


Buena Vista Social Club – Lost & Found (World Circuit)

Le projet Buena Vista Social Club, mené par Ry Cooder et immortalisé au cinéma par Wim Wenders, fut largement salué dès la parution du 1er disque au titre éponyme en 1996. Il consistait à remettre en selle les légendes de la musique cubaine des années 50, provoquant alors un nouvel engouement international pour les rythmes chaloupés de la salsa, de la guarija, du son cubain et autres boléros de la Havane. 20 ans plus tard et en guise d’adieu, le label anglais World Circuit publie un recueil de raretés et d’inédits intitulé Lost & Found. Il rassemble 13 titres captés en live ou lors de sessions d’enregistrements en studio et retrace l’épopée d’une équipe qui, depuis, vit disparaître certains de ses membres éminents comme Compay Segundo, Ibrahim Ferrer ou encore Ruben Gonzalez. Les survivants ont prévu un Adios tour afin de partager une dernière fois sur scène ce patrimoine de la trova, que la chanteuse Omara Portuondo continue d’explorer et de promouvoir en solo.

mercredi 18 février 2015

Trio Chemirani – Dawâr (Latitudes/Harmonia Mundi)


Trio Chemirani – Dawâr (Latitudes/Harmonia Mundi)

Le percussionniste iranien Djamchid Chemirani entouré de ses deux fils Bijan et Keyvan nous présente son nouvel opus baptisé Dawâr. Ayant toujours œuvré en France pour la promotion de la musique classique persane, le patriarche septuagénaire et son Trio Chemirani pratiquent l’art du zarb ou tombak, un instrument perse ancestral dont le jeu peut se comparer à celui des tablas indiens. Si ce dernier prédomine dans l’album, avec ses rythmiques véloces et complexes jouées à six mains expertes, il est souvent accompagné du santour (cithare sur table) de Keyvan et du zaz (luth à manche long) de Bijan, fournissant alors d’enivrantes mélodies orientales où la voix de Djamchid vient réciter paisiblement ses propres textes.

Mohamed Abozekry & Heejaz Extended – Ring Road (Jazz Village/Harmonia Mundi)


Mohamed Abozekry & Heejaz Extended – Ring Road (Jazz Village/Harmonia Mundi)

Le jeune musicien d’origine égyptienne et sacré meilleur joueur de oud du monde, Mohamed Abozekry, nous propose dans son second opus intitulé Ring Road 7 titres-fleuves riches et somptueux, à la croisée des influences arabo-andalouses, des traditions classiques et modernes du Moyen Orient, du jazz et des musiques latines, tziganes et indiennes. Dès la première écoute, virtuosité et qualité d’improvisation mènent la danse, puis les mélodies enivrantes d’un Orient sublimé et métis font leur œuvre et nous accompagnent dans un univers coloré et moderne. Les tablas y côtoient la darbouka (Anne-Laure Bourget), le oud le piano (Ludovic Yapoudjan) et le saxophone (Benoît Baud) la contrebasse (Hugo Reydet), dans un répertoire de compositions aux rythmiques soutenues dont le groove magistral nous est servi par un Heejaz Extended inventif et magique !
 
 
 

mardi 17 février 2015

Push Up! – The Day After (Jazz Village/Harmonia Mundi)


Push Up! – The Day After (Jazz Village/Harmonia Mundi)

Lancé par le flutiste Jî Dru, la diva Sandra Nkaké et le claviériste varois Jean Phi Dary, le collectif Push Up ! prend forme en 2009 avec pour objectif de rendre hommage à la black music. Touchant à plusieurs de ses registres dont le reggae/dub, le hip-hop, la soul, l’ethio jazz, le rock ou le funk, The Day After regorge d’accents psychédéliques vintage au groove décapant et festif, en partie délivrés par les accords saturés du guitariste Matthieu Ouaki. Narrant l’histoire au passé trouble d’un personnage de fiction nommé Quincy Brown, The Grand Day Of Quincy Brown paru en 2010, posait déjà les bases musicales et scéniques de cette aventure black soul rock. Ce dernier opus confirme l’efficacité et l’énergie de Push Up !, renforcées par les lignes de basse de Toscano Jeanniard, la batterie de Nico Rajao et les voix du poète Allonymous et du chanteur Karl The Voice.

 
ci-dessous un extrait de leur précédent album "The Grand Day Of Quincy Brown"

lundi 16 février 2015

Justin Kauflin – Dedication (Jazz Village/Harmonia Mundi)


Justin Kauflin – Dedication (Jazz Village/Harmonia Mundi)

Jeune prodige du jazz, le pianiste américain Justin Kauflin publie Dedication, son premier opus d’envergure internationale signé par Quincy Jones ! Atteint de cécité à l’âge de 11 ans, le piano devient son instrument de prédilection au dépens du violon. Remarqué et formé par le trompettiste mythique Clark Terry (né en 1920 et disparu ce 22 février 2015) , le virtuose installé à New York depuis 2008 nous offre 12 compositions originales, interprétées en quartet et en trio, dont 7 rendent hommages à ses mentors les pianistes John Toomey et Liz Barnes ou à ses amis les batteurs Billy Williams (présent sur l’album) et Jay Sinnett. Ses ballades comme ses titres aux rythmes plus soutenus se nourrissent du son des légendes - Art Tatum, Bud Powell, Herbie Hancock Mulgrew Miller ou encore Dave Brubeck - et attestent d'une construction spacieuse et élégante, mettant en avant l'écriture de Kauflin mais aussi l'interprétation qu'en font ses musiciens. Le jeu de Justin est ample, aérien, raffiné et fluide; entouré du contrebassiste Christopher Smith ainsi que des guitaristes Matt Stevens (dont la présence est radieuse) et Etan Haziza (à la guitare acoustique), il élabore des ambiances où les mélodies sont enivrantes et accrocheuses, déployant un groove soyeux et communicatif rappelant la force tranquille d’un Bill Evans (son modèle). Dedication est un disque charmant et accessible qui ravira par ses accents délicats les amateurs de jazz scandinave.

vendredi 13 février 2015

Kyle Eastwood – Time Pieces (Jazz Village/Harmonia Mundi)


Kyle Eastwood – Time Pieces (Jazz Village/Harmonia Mundi)

L’immense bassiste et contrebassiste qui nous avait enthousiasmé avec son précédent The View From Here paru en 2013, revient avec un magistral Time Pieces, sonnant comme un hommage aux maîtres du hard bop. Toujours en quintet, il a conservé le tandem Andrew McCormack au piano et Quentin Collins à la trompette, puis s’est entouré du batteur cubain Ernesto Simpson et du saxophoniste Brandon Allen. Kyle Eastwood nous livre un disque au groove élégant et inspiré, l’artiste reprend avec classe le Dolphin Dance d’Herbie Hancock et le Blowin’ The Blues Away d’Horace Silver, ancrant définitivement l’esthétique de l’album dans le registre jazz du tournant des 60’s. Avec Caipirinha et Prosecco Smile sa musique se pare d’accents latins, tandis que la reprise de sa propre composition pour le film de son père Letters From Iwo Jima et le titre Nostalgique nous offrent un jazz atmosphérique aux mélodies touchantes et aériennes. Eduqué au son des vinyles de Duke Ellington ou Count Basie que son père passait et fasciné par ses aînés Ray Brown et John Clayton, qui lui transmirent le vice de la contrebasse, le compositeur poursuit son aventure musicale amorcée en 1998 avec son From There To Here, alternant ses album et ses compositions pour le cinéma (Mystic River, Gran Torino ou encore Invictus réalisés par Clint).

 

jeudi 12 février 2015

La Batteria – La Batteria (Penny Records/Differ-Ant)


La Batteria – La Batteria (Penny Records/Differ-Ant)

Le quartet La Batteria rend hommage à l’âge d’or de la colonna sonora italiana en publiant son premier opus instrumental au titre éponyme chez Penny Records. Emanuele Bultrini (guitares, mandoline), David Nerattini (batterie, percussions), Stefano Vicarelli (claviers) et Paolo Pecorelli (basse) nous y exposent leur univers sonore largement influencé par la musique du cinéma italien des années 60 et 70 écrite et dirigée, entre autres, par des légendes telles qu’Ennio Morricone. Issus d’horizons variés, les musiciens se la réapproprient en y incorporant des sonorités empruntées aux scènes post-rock, indie-pop, jazz expérimental, hip-hop et afro beat. Les 12 titres alternent ainsi les ambiances krautrock cosmiques, italo-disco et funky, agrémentées d’accents vintage et psychédéliques.

lundi 9 février 2015

Xiomara Laugart - Tears And Rumba (Chesky Records)


Xiomara Laugart - Tears And Rumba (Chesky Records)

La chanteuse cubaine Xiomara Laugart fait partie de cette diaspora exilée aux US qui partage et fait vivre la culture musicale d’une ile qui s’apprête enfin à sortir de plus de 50 ans d’embargo. Respectée pour sa maîtrise du répertoire classique de Cuba - guajira, son, rumba -  et de la nueva trova (chansons engagées des années 50 et 60), la diva a décidé pour son dernier Tears And Rumba de rendre hommage à l’âge d’or de la musique poético-romantique cubaine des années 20 et 30 - la trova - avec des reprises incontournables de pionniers tels que Maria Teresa Vera et Miguel Matamoros. Etonnamment ressemblante à celle de son aînée CeliaCruz, la voix de Xiomara, authentique et vibrante, nous accompagne durant 12 titres sensuels sur des rythmes enivrants de la rumba afro-cubaine, combinant les traditions ouest africaines, caribéennes et européennes.