vendredi 30 août 2013

Jamie Lidell - Compass (Warp Music)


Jamie Lidell - Compass (Warp Music)

La première impression est assez surprenante voire déroutante, il ne ressort de Compass que le fatras bruyant et démembré d'une soul désarticulée, désossée et chancelante...Puis la folie de Jamie nous gagne rapidement, et ses ritournelles obsédantes finissent par tourbillonner et finalement s'orienter vers une seule et même idée LA LIBERTÈ. Après Jim en 2008, le double de Jamie en plus baroque et bricoleur n'a plus lieu d'être, Mr Lidell semble avoir enfin concilié sa double personnalité. Jamie est donc de retour avec un album funky dense et riche. Deux ans de recherche, de rencontres et d'échanges lui auront été nécessaires pour accoucher de cet oSni (Jamie est un habitué des objets soulfunkelectropsyché non identifiés)...Jamie Lidell est un fou qui se nourrit de tout et recrache tantôt un gospel éclaté, tantôt une nusoul onctueuse et sucrée, ici un clin d'oeil aux Jackson Five et là un blues vrombissant, une berceuse alanguie puis une pop explosive et sombre. Bref, Jamie a glissé dans ce Compass le meilleur de lui-même et s'est entouré de sacrées pointures pour donner forme à ce bordel confus, grinçant gravé en clair/obscur, on y retrouve en effet Feist, Gonzales, Beck, Chris Taylor (des Grizzly Bear), James Gadson (batteur de Bill Withers et Quincy Jones...) et bien d'autres. Eparpillée et étourdissante, la soul WARPienne de Jamie cherche oreilles à défleurer.

JACK DE MARSEILLE – INNER VISIONS (Wicked Music/Module)


JACK DE MARSEILLE – INNER VISIONS (Wicked Music/Module)

Enfant du pays de la bouillabaisse et des calanques, Jack est l’un des Djs frenchy les plus respectés dans l’univers très spécialisé des musiques électroniques. Depuis ses débuts remarqués, notamment lors de la première rave des transmusicales de Renne en 1992, sa touche et ses penchants technoïdes l’ont emmené dans les places chaudes du monde entier. Sa facette fashion héritées des soirées house dans les 90’s, merveilleuse époque des bandanas et smileys,  a aussi contribué à lui forger une réputation sans bémol où éclectisme, technique et écoute du dancefloor contribuèrent à l’équilibre efficace et ravageur de ses sets. Deuxième opus en presque 20 ans d’activisme, Inner Visions fait suite à Free My Music sorti en 2002. Jack de Marseille y distille une musique deep enivrante aux accents techno bien sûr, dub aussi, mais pas que… En effet ses premières amours, l’électro funk héritée des 80’s et l'énergie ancestrale de la percussion sont palpables sur l’ensemble des titres, elles se mêlent à l'envoûtante poésie des sonorités synthétiques et renouent l’auditoire avec la house originelle de Chicago et Détroit. Moins frénétique et davantage intimiste, Jack de Marseille nous invite à partager sa définition de la musique autour d’une danse envoûtante au pays du groove. Tantôt downtempo tantôt plus percussive, les visions du patron de Wicked Music se prêteront à toutes les ambiances et à toutes vos humeurs…

IZABO – « Super Light » (ROY Music/EMI Music France)


IZABO – « Super Light » (ROY Music/EMI Music France)

Isabeau d’Anjou se transformait en faucon le jour et aimait Etienne de Navarre qui lui se métamorphosait en loup la nuit, un amour impossible et pourtant ! Izabo passe du disco au rock underground des 60’s, flirtant avec le crachin punk sur un lit de gourmandises orientales, une rencontre improbable ? Enregistré en 2 jours pour garder l’énergie du live où ils excellent et affolent, leur second opus intitulé « Super Light » prouve que les murs de béton ne sont pas si hermétiques et que la culture trouve toujours une voie. Israéliens de confession juive, les membres du quatuor emmenés par le charismatique Ran Shem Tov (chanteur, guitariste et producteur) et son amie Shiri Hadar, déversent une énergie jouissive et festive sur des titres survoltés à l’efficacité enivrante et vitaminée telle l’ouverture tubesque et premier single de l’album « Slow Disco ». Une voix naziarde, agaçante et percutante, qu’on aime détester, des gémissements, des guitares rock saturées tantôt planantes tantôt punchy, de puissantes lignes de basse disco funk (Jonathan Levy) et les prouesses d’une batterie fracassante (Nir Mantzur) …Bref, les ingrédients d’un succès incontournable sur les dancefloor. Ambiance psyché-déjantée assurée !

Iza – An Partan (Akord’/Harmonia Mundi)


Iza – An Partan (Akord’/Harmonia Mundi)

« Créole », rien que le mot est de toute beauté, évoquant exotisme, métissage, tropique, épices et couleurs… Pourtant la créolité a souvent mal été assumée, comme un accent trop marqué que l’on veut atténuer ou une histoire trop sombre que l’on souhaite oublier… Mais comme le dit si bien Danyèl Waro, chantre de la tradition musicale réunionnaise : en partant de sa culture on ne peut que tendre vers l’universel. Iza a mis du temps à assimiler ce concept et a accepter fièrement sa filiation, elle qui est originaire d’une petite enclave montagneuse au cœur du massif du Piton des Neiges, perchée à 3000 m d’altitude dans le territoire des « Yab » (petits blancs des hauts). C’est le chanteur Davy Sicard qui va patiemment l’accompagner dans son évolution artistique à la recherche de ses racines que la peur des moqueries lui a fait camoufler. Deux disques naîtront de cette collaboration déterminante faisant du Maloya (« blues de la canne ») son art de vivre. « An Partan », nouvel opus de la chanteuse réunionnaise, est entièrement interprété en créole, Iza a participé à l’ensemble de sa conception, tant dans l’écriture que dans les arrangements. Les 12 titres reflètent enfin une culture métisse assumée et affichée, alliant les sonorités brésiliennes et africaines aux traditions insulaires de l’archipel des Mascareignes. Maloya et Sega demeurent évidemment sa principale source d’inspiration mais, accompagnée de Didyé Kérgrin et de l’ami fidèle Christophe de Montagu, la chanteuse a su aussi livrer sa vision propre de la culture et de la société réunionnaise en nous offrant de sa voix douce et parfaitement maîtrisée un très intimiste « disque-voyage ». A noter la magnifique reprise du titre  « Kafrîn » de Nathalie Natiembé, contant l’histoire d’une femme créole fière et forte ayant la vie dure et pour qui « Son kri de gèr sé son pwin férmé wayo ».
 
extrait d'un autre album "Cilaos"

Intervie Stéphane Pompougnac pour la sortie de "Hôtel Costes XI"


Interview Stéphane Pompougnac :

Stéphane Pompougnac nous revient avec le XIème volet de sa série "Hôtel Costes". Toujours aussi classieuse et éclectique, sa touche ne cesse de séduire un auditoire fidèle et exigent. Il nous livre quelques détails sur sa vie et son activité au sein du label Pschent.

 

1) Emploi du temps d'une journée type de Stéphane Pompougnac (du lever au coucher)


Je commence toujours ma journée par un jus d’orange pressé vers 7h30, avant d’emmener mes enfants à l’école. Plutôt 14h les lendemains de live…
J’allume la musique dans le salon avant de prendre ma douche.
Je check mes mails et mon agenda.
Déjeuner entre amis.
Je passe généralement l’après-midi en studio à écouter les derniers morceaux reçus ou à composer.
Je récupère les enfants à l’école.
Je dîne en famille avec ma femme.

Tout cela est bien sûr très différent quand je suis en tournée…


2) Dans cette suractivité et parmi ces déplacements continuels, as-tu encore le temps pour une véritable écoute de la musique (la tienne et celle des autres) ?


Bien sûr, c’est même une priorité ! Tous les gadgets modernes me facilitent d’ailleurs la tâche.


3) Et d'ailleurs quelles musiques écoutes-tu ? quel genre pour quel moment ?


Je suis très éclectique. Mes coups de cœurs en ce moment sont Bjork, Shazz, et Variety Lab. Je passe la journée avec de la musique dans les oreilles, il m’est difficile de définir à quel moment j’écoute tel ou tel type de musique…


4) Quels sont tes critères de séléction lorsque tu prépares une tracklist pour une compilation Costes ? Es-tu entièrement libre dans tes choix ?


Je fonctionne vraiment au coups de cœur, tout en cherchant à rester fidèle à l’esprit  des établissements Costes. Aucune contrainte particulière cependant. On reçoit une cinquantaine de CD par mois, ce qui me laisse pas d’heures d ‘écoute à effectuer…



5) Tries-tu toi même les sons qui te parviennent ou as-tu un "assistant" qui pré-sélectionne et dégrossit le tout ?

Je travaille en étroite collaboration avec le directeur artistique de Pschent, Charles Shillings, et de mon complice Marc Ritchie.




6) L'art du mélange (mix des morceaux) est-il primordial pour toi, car dans tes compiles tu sembles vouloir t'effacer en juxtaposant les plages sans user d'effets, de nappes sonores et autres artifices...Et lors de tes sets en club comment envisages-tu l'art du mix ?


Seule la onzième compilation est ainsi, les autres étaient mixées. Pour ce qui est des sets en club, le principal pour moi est de prendre mon pied et de voir que les autres le prennent aussi en écoutant ma musique.


7) Si tu devais choisir un morceau de ton dernier opus, XI° de la série, lequel serait-il ? Pourquoi ?


Très certainement Shazz, avec leur album « Mirage ». Cet artiste sait me faire voyager et possède une identité musicale originale que j’adore.


8) Dans ton activité de DJ, quel moment d'une soirée préfères-tu pour jouer ? pourquoi ?


Chaque moment  d’une soirée à son importance. Le début est primordial puisqu’il faut pouvoir mettre les gens dans l’ambiance, chauffer la piste. Une fois que la machine est lancée, on ne fait plus vraiment attention est tout se déroule naturellement. Mais le monent le plus agréable est certainement quand la fête bas son plein en plein milieu de la nuit !

9) Le plus beau souvenir d'une performance, où, quand et pourquoi ?


Les soirées privées en générales sont toujours magiques car elles représentent l’aboutissement d’un rêve de gamin. Etre entouré de stars et de personnes que l’on admire et qui, l’espace d’une nuit, vous écoutent faire ce que vous faites le mieux…

10) Le pire souvenir de soirée ? (un bide ou autre)


Je me suis une fois retrouvé dans une soirée très étrange à Moscou, ou je me suis finalement demandé si je n’étais pas « hottage » de la soirée... Ça s’est finalement bien terminé.

11) Tu mixes avec quel matos ? (en général)


Pioneer CDJ 1000 en général.

12) Comment se passe la promo d'une compile Costes ?


C’est un rythme soutenu, mais c’est toujours agréable d’être mis en avant et de parler de ce que l’on aime.


13) Retour sur ta carrière, as-tu des regrets ou des remords ?

Aucun ! Comment avoir des regrets lorsque l’on mène la vie dont on a toujours rêvé… ? J’ai un travail que j’aime, le succès, et une famille formidable… !





14) Projection vers l'avenir, tes futurs projets (dans la musique ou autre) ?

Je termine ma tournée internationale qui se prolonge à priori jusque Janvier, mais je travaille aussi sur d’autres projets dont il est encore un peu trop tôt pour en parler pour l’instant….

Interview Spleen pour la sortie de "Comme Un enfant"


Depuis maintenant quelques années on croise Spleen au détour d’un plateau TV, sur les planches d’un théâtre ou en concert, puis dernièrement dans les bacs avec son dernier opus « Comme un enfant » dont sont issus les singles « Tu l’aimeras » et « Love Dilemme. Personnage sincère, accessible et sensible, Spleen se livre et nous explique très simplement la genèse de son dernier album ainsi que son parcours artistique, il nous fait alors entrevoir quelques bribes de la personnalité de ce futur grand monsieur de la chanson française…

 
 
Pour quelles raisons as-tu choisi ce nom d’artiste « Spleen » ?

Spleen : Mélancolie sans cause apparente.

Spleen est un mot qui a une connotation émotionnelle assez forte et qui caractérise bien ma personnalité ainsi que ma démarche artistique…En plus c’est un mot très mélodieux, très planant, il marque les esprits et c’est justement ce que je veux : rester gravé dans les têtes et donner des émotions.

Que s’est-il passé depuis le premier album sorti en 2005 « She was a girl » ?

Plusieurs projets dans la musique, le théâtre, l’écriture et aussi des rencontres…J’ai participé aux albums de Cocorosie, j’ai aussi joué dans deux pièces de théâtre, dans un téléfilm puis j’ai rencontré des musiciens exceptionnels comme Sébastien Martel ou Pauline Croze, Laurent Garnier et bien d’autres, qui m’ont fait comprendre qu’il fallait que je m’investisse davantage dans la composition et les arrangements de mes morceaux. De là, j’ai rencontré deux pointures de la production Marc Lumbroso et Marlon B.

Quel est le point de départ de « Comme un enfant », quel est le détonateur qui t’a poussé à écrire de cette manière et à traiter de ces thèmes ?

C’est mon enfance ! Je ne savais jamais quoi répondre à cette question, puis en y pensant sérieusement la réponse est apparue clairement, mon instinct musical vient de ces années et ma manière d’appréhender la musique aujourd’hui est toujours aussi instinctive, ça ce fait toujours avec les moyens du bord…

Quel cap as-tu franchi avec ce deuxième album ?

Je ne crois pas encore avoir l’âge de raison, mais j’ai acquis une certaine maturité : le fait d’accepter de me faire aider par exemple, d’être entouré par des professionnels et des personnes intègres qui me guident afin de me faire toucher un public plus large sans pour autant me fourvoyer dans de mauvais projets.

Tes textes racontent-ils des histoires et décrivent-ils des sentiments vécus par Pascal Oyong-Oly (ton vrai nom) ou bien sont-ils écrits pour un rôle, celui de Spleen ?

La réalité couchée sur du papier n’est pas suffisante à mon goût, il faut la sublimer comme au cinéma. Je cite souvent en exemple cette anecdote : avant il y avait au sein des orchestres classiques et des fanfares militaires un musicien pour la caisse claire, un autre pour la grosse caisse et encore un pour les cymbales…etc. puis l'apparition de la batterie (en tant que regroupement de ces divers instruments), directement liée à la naissance du jazz, a changé la donne et a élevé cet instrument au statut de soliste. Pour en revenir à mes textes, ça part d’une histoire racontée ou vécue puis je la transcende afin de décrire une réalité plus belle, plus pure, plus intense, plus profonde…

Tu as parlé du jazz, quelles sont tes influences ?

Le jazz, la soul…j’admire les musiciens comme le saxophoniste Steve Coleman et notamment ses projets hip-hop avec les Metrics, ou encore Ornette Coleman et son Free Jazz…je me sens d’ailleurs très proche de la trompette car elle permet de traduire toute une gamme d’émotions que j’essaie moi d’obtenir grâce à un travail sur les différentes textures de ma voix.

On remarque tes influences hip-hop notamment sur ton premier album, quels sont donc les artistes qui t’inspirent ?

Cela dépend de mes travaux en cours, de mes rencontres, de mes découvertes…Pour « She was a girl », mes références étaient le hip-hop des Roots, et la new-soul de D’Angelo. Sur le second album « Comme un enfant », ce sont les artistes de la grande variété française comme Jacques Brel ou ceux, plus jeune, comme Mathieu Boogaerts (pas assez connu à mon goût) qui m’ont intéressé…Puis il y a « Off The Wall » de Mickael Jackson sorti en 1979, album fondateur pour moi, où l’on sent toute l’énergie des musiciens mise au service d’une voix. La production est parfaite, le son est chaud…

Tes derniers CDs achetés ?

L’album « Third » de Portishead, leur meilleur à mon goût, et « The Movie » de Clare & The Reason qui est une jeune artiste pop à la voix jazzy reprenant les ambiances de film des années 30.

Tes derniers concerts en tant que spectateur ?

NTM évidemment ! et Hugh Coltman, un artiste faisant parti de mon collectif « The Black & White Skins ».

Interview Sandra Nkaké pour la sortie de "Mansaadi"


Sandra Nkaké est une femme entière, sincère, talentueuse et généreuse. Sa musique, son énergie et sa sensibilité s’offrent enfin à l’auditeur sous la forme d’un magnifique premier album intitulé « Mansaadi ». Son parcours, ses influences et sa philosophie de la vie nous donnent quelques indices laissant entrevoir la personnalité et le tempérament d’une artiste spontanée, dont la fraîcheur est un présent qui réchauffe les cœurs en ces temps de crise, de froid, de pluie et de morosité. « La petite mère » se confie sans réponses toutes faites ni détours, sa franchise nous rapproche davantage du lien qu’elle tisse entre ses histoires : « l’amour fraternel, maternel, charnel et amical ».

 

1) Après la scène, ton projet perso abouti et rencontre un franc succès (public et critique), quelles sont tes impressions avec le recul?

Le recul !  Je ne sais pas encore si j'en ai assez (lol!), mais je dois dire que je suis heureuse que "Mansaadi" soit apprécié à ce point ! J'aime cet album pour ce que nous y avons tous mis dedans ! C'est une aventure "à plusieurs" ! Les musiciens qui m'entourent depuis quelques années y ont tous participé avec comme envie de faire sonner chaque chanson comme elle se déroulait dans ma tête !!! Une chance, réellement !
Donc, je suis ravie...



2) Comment t'es-tu construite, artistiquement parlant ? (autodidacte, école de musique…)

Je suis totalement autodidacte: j'ai appris en écoutant beaucoup de musiques, des chanteurs et chanteuses de styles différents mais qui me procuraient la même sensation: les poils qui se hérissent !


3) Quels sont les artistes qui t'ont motivé à chanter dans tes débuts ? Et d'ailleurs parle-nous de tes débuts.

Ce sont surtout les musiciens que j'ai rencontré qui m'ont motivée à chanter de manière professionnelle ! J'ai toujours "chantonné" sans jamais imaginer que j'en ferai un jour mon métier ! Chanter comme remède, comme soutien pour mieux respirer, moi qui malgré un tempérament assez fort suis assez pudique et timide par moment !
Mes débuts !? J'étais en DEUG d'anglais à la Sorbonne (LEA) pour devenir professeur, et une copine de l'époque m'entendant chanter dans les couloirs m'a proposé d'aller passer une audition pour un groupe de funk, des amis à elle.
J'ai donc pris rendez-vous avec les membres du groupe Marlon B (producteur pour Sebastien Tellier, -M-, Mozesli, Hugh Coltman, Spleen...) et David Taieb alias DJ Shalom (-M-, Mozesli, Shalark...) et à ma grande surprise ils m'ont prise dans le groupe ! Nous avons beaucoup travaillé en studio mais sans faire de concerts car je n'étais pas prête à l'époque !
Assez rapidement, 1994?, j'ai rencontré toute une "niche" de musiciens talentueux et généreux !!! Gérald Toto, 13NRV, Juan Rozoff, Cheick Tidiane Seck... qui m'ont fait partager leurs musiques, leurs scènes ! Et depuis les rencontres ont fait naitre d'autres rencontres: Booster, Les Troublemakers, Ji Mob, Karl The Voice, BlackJoy, Mark de Clive-Lowe, M Nahadr, tous ayant comme point commun de faire de la musique avec beaucoup de cœur, d'ingéniosité et d'esprit d'exploration ! Tout ce que j'aime !!!



4) Quels sont les tendances musicales qui te branchent actuellement et vers lesquelles tu te sens proche ?
Tendances, euh, je ne sais pas si j'aime une tendance en particulier !!! J'aurais du mal à choisir entre Alice Russell, Imani Uzuri, Gnarls Barkley, Saul Williams, David Walters, Khalid K !
J'aime les explorateurs-trices !



5) Quels sont les moments forts de ta carrière ?
Je dirais qu'il y en  a plusieurs ! Chaque rencontre est importante parce qu'elle me fait ouvrir des portes que je ne pourrais pas ouvrir seule, ou moins rapidement !
Mais je dirais...Mon premier concert "solo" au China Club, à l'époque où Swannie Vincendon programmait ! Avant que la salle ne soit revendue aux Hôtels Costes ! Swannie m'a programmé alors qu'elle n'avait écouté que des démos dont le son n'était pas terrible, mais elle m'a fait confiance ! J'avais déjà pas mal d'années de scène derrière moi mais je dois dire que ce soir là (décembre 2005) j'ai eu une trouille pas possible ! J'avais envie de disparaitre et me voyant dans un état proche de la liquéfaction, mon bassiste, Guillaume Farley ( Naturalibus) m'a dit qu'avec lui à mes côtés il ne pouvait rien m'arriver ! Qu'il me suivrait jusqu’au bout du monde !!! Il m'a rassurée et poussée à être moi de plus en plus ! Comme tous mes musiciens d'ailleurs !



6) En tournée pour la promo de « Mansaadi », décris-nous une journée type de Sandra Nkaké.

Les journées se suivent mais ne se ressemblent pas ou presque !
Quand j'ai la garde des enfants, je me lève à 07h, je les pose à l'école pour 08h30 (après un trajet en bus puis en métro),  je vais boire un café Chez Prune (Canal St Martin) puis je vais à mes rendez-vous !
Aujourd'hui c'était comme ça ! Ensuite je suis allée répéter pour un concert où j'étais guest de Naturalibus de 13h à 16h, j'avais ensuite rendez-vous à 17h au Centre Georges Pompidou pour une interview avec live (machine-voix) pour France Culture et à 20h30 il fallait être prête pour le concert.... Je viens seulement de rentrer et il est.... 02h00 !
Demain je suis en concert à Ivry, donc balance à 16h, mais avant je récupère les livrets du premier trimestre de mes enfants à 11h !
Une journée type se partage entre mon "travail "de maman et de chanteuse, parfois j'ai la sensation de manquer de sommeil (sensation juste!) Mais je suis heureuse car je défends un projet qui me tient à cœur !



7) Comment est né « Mansaadi » ? (point de départ d'un premier album)

Il a fallu plusieurs concerts sous mon nom au China Club pour me dire que c'était le bon moment ! Après une tournée de deux ans avec une pièce musicale, "Fantômas Revient" avec Romane Bohringer, Thierry Stremler ...( mise en scène par Pierre Pradinas), je n'entendais plus que les titres de la pièce et "ma" musique me démangeait ! C’est donc assez naturellement que nous avons monté le répertoire ! Les chansons étaient là en filigrane, et je leurs ai laissé le temps de faire leur chemin dans ma tête ! Nous sommes entrés en studio en mars 2007 (studio Pigalle) ! Et nous voici !
Mais il est vrai que le décès de ma mère, Lucie Nkaké, a été un accélérateur ! A son "départ" j'ai compris la nécessité de toujours aller de l'avant car la Vie qu'il nous est donnée de goûter est.....brève ! Mangeons là, est mon leitmotiv !



8) « La Mauvaise Réputation » de Brassens est un titre fort qui engage fortement l'interprète, es-tu une artiste engagée ? Quelles sont les causes qui te tiennent à cœur ?


Georges Brassens était un des chanteurs, auteurs, musiciens, hommes du monde que ma mère aimait le plus et nous l'avons beaucoup écouté mon frère et moi dès notre plus jeune âge ! Ses mots, son humour, sa tendresse et sa grande humanité m'ont toujours frappée, même quand je ne comprenais pas toujours ce qu'il voulait dire ! La reprise s'est faite toute seule: j'avais une "boucle" de voix dans mon RC50, et les paroles de cette chanson sont venues assez vite !
Un auteur que l'on n'aura de cesse de chanter encore dans plusieurs siècles !
Suis-je engagée !!!? Je ne le sais pas, par contre, je sais que si je peux donner mon énergie à des projets auxquels je crois, je fonce !!! J'ai chanté il y a peu pour "Les Amoureux au ban public", association de la Cimade qui milite pour le droit des couples franco-étranger à vivre en famille en France ! Nous avons (Tiken Jah Fakoly, Ayo, Renan Luce, Sergent Garcia , les Boukakes et moi) participé à un concert au Zénith de Montpellier pour manifester notre soutien !
Un concert le 14 février au Cabaret Sauvage est en train de se mettre en place....et il y a un projet de chansons de Brassens revisitées par Rodolphe Burger et beaucoup d'invités ( Jacques Higelin, Rokia Traoré, Spleen et moi même) qui devrait voir le jour pour cette occasion !
Il y en a d'autres ! Drepan-Hope par exemple, qui lutte pour que l'information circule sur une maladie peu connue, la drépanocytose !
Je suis heureuse de pouvoir apporter énergie et joie pour que d'autres se sentent mieux, ne serait-ce que l'espace d'un concert ! Je ne sais pas si cela fait de moi quelqu'un d'engagée? Mais tant que j'aurai du souffle et de l'énergie, je ferai de mon mieux pour la partager avec des personnes qui défendent la vérité et le partage !



9) Toujours sur ce morceau, l'idée du beat-box, des loops…comment t'est elle venue ? Qui t'as épaulé ?

Je n'avais pas prévu de faire cette reprise ! C'est la musique qui a appelé ces mots ! Mon RC50 me permet de stocker instantanément toutes les idées qui me passent par les oreilles ! J'avais enregistré un beat box et les mots de Brassens sont venus immédiatement ! Quelques jours plus tard, j'ai appelé Booster, producteur assez extraordinaire en plus d'être un ami et un compagnon de route, et il a réussi à matérialiser ce que j’entendais.



10) As-tu d'autres reprises en tête ? Quels titres et de qui ?

Oui, j'en ai, une de Fela Kuti qui s'appelle "Upside down", un morceau de Prince !
J'ai chanté il y a peu avec Vincent Théard (réalisateur de l’album), en chapelle (piano-voix- acoustique) un morceau de Francis Poulenc qui est une mise en musique d'un poème de Paul Eluard..."Une ruine coquille vide".... J'adorerai mettre notre version sur un disque !
Beaucoup d'envies, maintenant il me faut un peu de temps pour toutes les concrétiser.



11) Lorsque tu écris, quels sont tes sujets de prédilection ? En français ou toujours en anglais ? Le français sonne-t-il mal sur des rythmes Nusoul ?

Le français est une langue merveilleuse et qui sonne, à mon sens sur tous les styles ! Mais la question était ailleurs !
L'anglais a été la langue de l'intime, des émotions, du vrai...à la maison! Et c'est assez naturellement que les textes sont "sortis" ! Qu'il s'agisse de ma vie ou de ce qui arrive aux personnes qui se confient à moi, je parle de situations dans lesquelles je me reconnais ! Mon moteur étant l'Amour sous toutes ses formes, il est donc mon sujet principal: fraternel, maternel, charnel, amical!
Les textes en français abordaient des sujets pour lesquels je n'avais pas encore la distance émotionnelle nécessaire...Je me suis donc concentrée sur le plaisir de chanter plutôt que délivrer une psyché mal "essorée".



12) Tu nous racontes l'histoire d'un titre énorme de Booster « Sex Friend)

C'est Juan (Rozoff) qui nous a mis en contact!!!! Booster avait travaillé avec lui quelque temps auparavant  sur un morceau qui s'appelait "you're The One"... Booster m'a appelé et je suis allée dans son studio à Bougival et il m'a fait écouter plusieurs morceaux dont il avait déjà les paroles ! Le refrain de "sexfriend" était déjà prêt, j'ai écrit les paroles et la mélodie des couplets.... Le morceau a été finalisé assez rapidement ! La musique de Booster et sa manière de travailler m'ont vraiment donné des ailes ! Le début d'une longue collaboration !
Le titre est passé longtemps sur Radio Nova et on m'en parle encore !!!!



13) Comment gère-tu, dans ta musique, tes origines, ta famille et ta condition de femme ? Quelle est leur place ?

Je me sens plurielle et non compartimentée ! Ma famille, ma féminité, mes origines sont des parties de moi que je ne souhaite ni réduire, ni analyser ! Je me sens instrument de la Musique et j'essaie de me faire le plus plaisir possible pour l'honorer ! Suis-je française ou camerounaise!? Un peu des deux, ni l'une ni l'autre, tout ça à la fois !
Je me sens "humaine" et solidaire de mes "congénères" c'est déjà pas mal non? (lol)
Je suis femme, mère et ça ne m'empêche pas d'être chanteuse, bien au contraire ! Cela me permet de bien garder les pieds sur "Terre"...


14) Cite-nous une phrase célèbre qui reste gravée en toi. Pour quelle raison ?

"La beauté est dans l'œil de celui qui regarde"....
Pour quelle raison?.... Je crois que la raison se fait entendre d'elle-même, non?



15) Que souhaite-tu pour 2009 ?

Pour le groupe et moi!? Encore plus de concerts, donc encore plus de sourires à la sortie, plus de musique et de bons moments à partager avec les musiciens !
Commencer l'écriture du second album, dont plusieurs chansons sont déjà en chantier et plusieurs collaborations... Mais tant que rien n'est fait je ne m'avance pas... Ce ne sont que des souhaits!
J'aimerais avoir plus de temps pour les miens, amis et famille, et puis pour moi surtout !!!Dormir plus de 6h par jour est devenu un phantasme absolu !



16) Si tu devais faire le vide dans ta discothèque pour ne garder que trois albums, lesquels seraient-ils ?

"My Baby Just Cares For Me"/  Nina Simone
"Where I'm Coming From"/ Stebie Wonder
"Sign Of The Times"/ Prince

Dur dur de choisir comme ça, à chand.... La même question un autre jour et j'aurais dit

"Grace"/ Jeff Buckley
"There's A Riot Going On"/ Sly an The Family Stone
"Plantation Lullabies" Meshell Ndegeocello!



Merci Sandra pour ta patience (répondre aux mêmes questions des dizaines de fois !)

Merci à toi pour ton intérêt ! Un plaisir d'y avoir répondu !

J'adore Mansaadi, c'est sans doute une de mes plus belles découvertes de cette année, je te souhaite plein de bonnes choses pour le futur

Merci Nico, sincèrement et musicalement!
Au plaisir de te rencontrer

Interview Jack de Marseille pour la sortie de "Inner Visions"


En nous donnant un petit cours de rattrapage sur le mouvement House et la musique Techno, Jack de Marseille nous brosse le portrait d’un grand Dj, depuis ses débuts dans les 90’s  jusqu’à son « premier véritable album » Inner Visions. Ce portrait autobiographique nous emmène sur les pistes équalisées d’un passionné de musique qui exprime son attachement aux racines sans dénigrer les possibilités apportées par la nouvelle technologie. Pionnier, Jack de Marseille fait partie de l’histoire de l’électro made in France mais il nous rassure en affirmant qu’il est loin d’avoir encore tout dit, son nouvel opus est là pour le prouver !

 

            Comment l’histoire de Jack de Marseille a-t-elle débuté ? Explique-nous le choix de ton pseudo et raconte-nous un peu l’histoire de tes premiers pas dans le métier de DJ (lieux, rencontres, dates…).

 

Le pseudo Jack de Marseille est venu d’une émission, la « Marche du siècle » sur FR3 le 7 mai 1997 avec Jean-Marie Cavada, j’ai été présenté de cette façon, c’était une émission basée sur les nouvelles tendances musicales.

J’ai eu une véritable révélation en 1987, en écoutant la House de N.Y., House et Acid House de Chicago, puis la Newbeat venant de Belgique, sur les ondes radio, cela m’a donné envie d’acheter mes premiers disques.

J’ai lu les premiers articles dans « Actuel » sur le mouvement « Rave » en Angleterre, je m’y suis tout de suite identifié.

Nouvelle musique, nouveaux codes d’expression, une nouvelle vie se présentait à moi.

Mes premiers pas de DJ en 1989 pendant l’armée à Metz, au Kips Club, puis en sortant du service militaire, mai 1990, un ami m’a proposé de commencer une saison pendant 15 jours dans un petit club, le Pigeonnier à St Tropez, je ne savais pas encore mixer mais juste faire une programmation .

Puis j’ai remplacé un ami DJ au « Elle et Lui » au Cap d’Agde pendant l’été, c’est dans ce club que j’ai commencé à maîtriser une piste et mixer au tempo, commenceé à raconter ma propre histoire.

 

Dans ces années 90, quelles étaient les artistes que tu mixais ? Quelle était la musique que tu jouais ? Composais-tu déjà ?

 

Il y a 4 DJs avec qui j’ai joué et qui m’ont marqué entre 1992 et 1993 :

-Derrick May pour son énergie et le relief qu’il mettait dans son mixe, c’est l’un des premiers que j’ai vu utiliser les équalisations, basse, médium, aigue sur une table de mixage, je découvre alors à travers lui le son de Détroit.

-Dimitri d’Amsterdam , il était impossible de quitter la piste tellement il y avait d’énergie, il se déplaçait toujours avec une bande d’amis habillés d’une façon extravagante.

-Derrick Carter, son mixe pouvait voyager d’une manière déconcertante entre House, Techno de Détroit, Funk. C’était un tueur aux platines, d’ailleurs à Chicago il était surnommé « Budha House ».

-Laurent Garnier pour sa programmation musicale, c’est avec lui que j’ai joué lors d’une Rave à Marseille en 1992, depuis nous sommes très amis.

J’ai été dès le départ très éclectique dans ma programmation, je pouvais jouer de la House, Techno, Acid House, Break Beat, Trance, Jungle, Electronica…

J’étais vraiment passionné par le Djing, la composition est venue au fil de mes voyages et de mon expérience, j’ai passé le cap en 1997 en rencontrant sur Grenoble, Kiko, The Hacker et Oxia.

 

Ton métier et ton talent t’ont rapidement fait voyager dans les places chaudes du monde entier, est-ce que tu revendiquais une identité frenchy ?

 

Non je ne revendiquais pas une identité frenchy, c’est après l’explosion de Daft Punk en 1997 (avec qui j’ai fait une partie de la tournée de leur 1er album « Homework ») que la « French touch » est née et que l’on était appelé à l’étranger pour un certain savoir-faire à la Française.

Avant on était un peu à la traîne au niveau de l’exportation de productions françaises, je faisais partie des rares DJs à s’exporter, mais après Daft Punk, cela a été l’explosion !

 

Comment vois-tu l’évolution de la House Music entre l’époque des smileys et bandanas et aujourd’hui ? Quel regard portes-tu, en tant que producteur et fondateur du label « Wicked Music »,  sur la scène techno de nos jours ?

 

Il y a eu la découverte d’un nouveau mouvement, le plus puissant depuis ces 30 dernières années, véritable révolution culturelle.

Dans les années 90 la musique te faisais voyager beaucoup plus, il y avait un vrai sens du partage dans les soirées.

On pouvait s’identifier pendant le phénomène Acid House avec les smileys, bandanas, sifflets, il y avait beaucoup de couleurs, avec des réminiscences du psychédélisme, comme les jeunes peuvent s’identifier chez les « Fluos » en ce moment, mais le look à pris le pas sur la musique.

La « Minimale » écrasent tout depuis 6/7 ans, mais je pense que cela a tué la piste, ce n’est pas réellement une musique de danse, cela manque d’émotion, de profondeur, c’est trop cérébral et tourné vers les nouvelles technologies. Mais cette froideur des machines ne correspond plus aux attentes du public, les gens ont envie de faire la fête en ce moment, on va rentrer dans un nouveau cycle, tournée vers une musique plus chaude et sensuelle.

Il va y avoir une réinterprétation plus actuelle de la musique du mouvement House/Techno d’origine, avec les nouveaux logiciels et un supplément d’âme.

 

En 2002, tu sors ton premier album « Free My Music », un opus assez tardif, pourquoi avoir attendu 10 ans ?

 

Je suis avant tout un DJ, il faut de l’expérience, j’en ai moins en tant que producteur, mais j’avance pas à pas avec la complicité de Sébastien Rexovice, ami de longue date, qui me familiarise avec la nouvelle technologie.

« Free My Music » était plus un cumul de maxis qu’un vrai album, on m’a fait comprendre à l’époque que ce serait bien pour l’évolution de ma carrière de faire un album.

Auparavant j’avais mixé que des compilations car je viens de la culture DJ.

 

Avec « Inner Visions » tu reviens enfin dans les bacs, qu’est ce que tu nous proposes comme voyage sonore ? En rapport à ta carrière, cet opus est-il un aboutissement, un tournant, un constat, une synthèse ?

 

Il y a plus de maturité, j’ai pris le temps d’observer, de ressentir, de digérer, de comprendre la nouvelle approche de la musique tout en gardant ma personnalité.

C’est un album qui me ressemble, qui voyage entre Berlin, Détroit et Chicago du nouveau millénaire.

Il y a de la House, de la Techno, Dub Techno, créées avec Sébastien mon complice, c’est l’évocation d’une introspection sur ces 6 dernières années, avec un aspect plus spirituel.

 

Parle-nous de l’élaboration de ce disque.

 

Il s’est fait sur un an, 5/6 jour par mois en studio, dû à nos emplois du temps respectifs, chaque morceau a été testé en soirée, écouté en boucle pour corriger et arriver enfin au résultat voulu.

Il a été pensé au fil de mes voyages, de mes moments de vie partagés, s’inspirant de mes influences tout en restant très actuel. Je l’ai conçu ainsi pour qu’il traverse le temps et ne soit pas uniquement tendance.

Il a été élaboré avec de nouveaux plug-in et de vieux synthés analogiques pour garder une chaleur et sonner d’un façon plus contemporaine.

 

Les collaborations les plus mémorables et constructives pour tes dernières compositions sont lesquelles ? Dans quelles conditions se sont-elles déroulées et en quelles occasions ?

 

C’est en partie  les remix des dernières années qui m’ont permis de passer un cap dans la production, d’aller vers des horizons auxquels je ne pensait pas, mais qui restent proche de ma culture musicale.

Le remix  drum’n’bass pour Slow Train, qui était ma 2ème signature chez Wagram Electonique après « Free my music » restera l’un de mes favoris car le morceau original était lent et soul/jazz, cela m’a permis d’approcher cet univers, en plus la chanteuse Lady Z avait une voix merveilleuse.

C’était une nouvelle approche pour faire de la musique, pas uniquement basée sur un côté instrumental, la voix envoie le morceau dans une autre dimension.

Trisomie 21, très belle rencontre.

J’avais été approché par Olivier leur manager, je connaissais de nom, mais pas trop leur son, on m’a envoyé des morceaux anciens et nouveaux, j’ai été très séduit et très sensible à l’émotion dégagée par leur musique.

Là aussi ce sont des morceaux chantés.

J’avais fait la 1ère et 2ème partie de leur live il y a 3 ans.

C’est pour cela qu’il y a un versus T21 sur « Inner visions » et j’ai fait un remix Bigbeat pour leur nouvel album.

 

Est-ce que le Jack d’aujourd’hui s’est sédentarisé ou bien est-il toujours un nomade ? Tu es resident dans un club ou une plage à la mode? Quelle place occupe Marseille dans ta vie ?

 

Toujours nomade, mais je prends plus de temps pour moi et mes amis.

Je suis toujours aussi passionné par la musique, mais parfois usé par le rythme de vie de ce milieu.

J’aménage mon agenda en fonction de mes envies.

Je suis résident dans un petit club le Passe Temps et dans un lieu de concert le Cabaret Aléatoire.

Bientôt avec les beaux jours vont reprendre les apéros « La buvette disco » en bord de plage qui ont eu beaucoup de succès l’année dernière

Marseille, c’est retour aux sources, mes racines, mon âme quelque part, là où je peux jouer dans plein de lieux avec des styles bien différents qui me permettent de m’enrichir.

 

Ton dernier coup de gueule ? Ton dernier coup de cœur ?

 

Mon coup de gueule pour ces nouveaux pseudo DJs, mais parfois bon producteurs, qui tournent juste sur leur nom, mais qui ne maîtrisent pas du tout une piste, qui ne racontent aucune histoire et qui participent à tuer le dancefloor.

Mon coup de cœur pour le dernier album de DJ Hell, qui est toujours avant-gardiste et réinterprète, justement, la musique  House/Techno d’origine d’une manière très actuelle, sans rester sur son passé.

Un nouveau cycle arrive et quoi de mieux que les pionniers pour le lancer.

Hf - Good Times (Equal Musik)


Hf - Good Times (Equal Musik)

Les amateurs de R&B l'auront noté, aujourd'hui la tendance est au repli vers des valeurs sûres établies dans les années 70, la Soul Music et le Funk... Hélène Félix alias Hf l'a bien compris et s'inscrit dans cette lignée d'artistes français qui puisent leur énergie et leurs références dans les Marvin et autres Isaac de ces années de Blaxplotation. Basée à Paris, la multi-instrumentiste (guitare, basse, claviers, batterie, programmation) nous propose aujourd'hui son troisième opus intitulé Good Times (sans doute en référence à l'immense tube disco de Chic). Entourée du bassiste Nicolas Marsol, du claviériste Jerry Léonide et du guitariste Thomas Crichton, qui l'ont accompagné lors de sa dernière tournée à l'occasion de la sortie de Feeling, la chanteuse a voulu donner à ce nouveau projet davantage d'amplitude et retrouver en studio l'énergie et la spontanéité du live. Si la soul pure et dure la guide et reste toujours la base de sa démarche musicale, Hf introduit dans ce disque plus mûr et aboutit des rythmes electro et des mélodies pop qui colorent un répertoire éclectique et dynamique. Cette blonde décolorée à la peau bien blanche est bien décidée à s'imposer dans les bacs au rayon Black Music...

jeudi 29 août 2013

Herva - Meanwhile In Madland (Bosconi Extra Virgin)


Herva - Meanwhile In Madland (Bosconi Extra Virgin)

Hervé Atsé Corti alias Herva est un tout jeune producteur de musique électronique originaire de Florence. Plutôt étiqueté Deep House, le musicien italien d’à peine 19 ans signe un premier opus de qualité intitulé « Meanwhile In Madland ». Réalisés avec des moyens dérisoires et un équipement modeste les 13 titres de l’album dégagent pourtant une grande richesse mélodique et rythmique. Influencé par les courants Hip-Hop, Soul et Down tempo, le son de Herva est séduisant, profond et enivrant, ses ambiances atmosphériques et relaxantes sont servies avec un groove particulièrement jouissif et des lignes de basse voluptueusement chaloupées. Elevé au milieu des claviers vintage de son père et impressionné par les ambiances aériennes d’Alphex Twin, le jeune prodige s’est forgé une subtile identité musicale soulful à la croisée des tendances Electronica, Disco, R&B et UK Garage. Raffinées et cérébrales, les productions d’Herva sont une bénédiction toscane, la bande-son  idéale d’un instant chill-out. Cet hommage à l’art du sampling et du métissage culturel témoigne d’une maturité précoce plus que prometteuse. Un artiste à suivre…

Hadouk Trio – AirHadouk (Naïve)


Hadouk Trio – AirHadouk (Naïve)

« Hadouk », pour le « Ha » du hajouj (basse africaine) de Loy Ehrlich et le « douk » du doudouk (hautbois arménien) de Didier Malherbe, duo initial qui fut ensuite rejoint par le percussionniste Steve Shehan. Le trio publie son sixième album AirHadouk et le ton est donné d'emblée: atmosphérique, aérien, léger, coloré, épicé et d'une rare beauté. Quand trois jazzmen routards et roublards, férus de métissage et de rencontres insolites, cuisinent africain, les mixtures exhalent et dégagent des flaveurs essentielles et entêtantes. Leur musique est plurielle et les clins d'œil au jazz, aux traditions  gnaouas et mandingues alimentent un swing de haut vol résolument porté vers des ailleurs mystérieux et imaginaires. L'invitation au voyage ou plutôt à la transe se fait sentir dès que l'improvisation met en boucle ces airs magiques où sont convoquées les expériences musicales jazz-rock, pop ou world que chacun ont gagnés aux côtés d'un John McLaughlin, Peter Gabriel, Youssou N'Dour, Geoffrey Oryema ou encore Herbie Hancock. Les ondes pulsatiles qu'émettent les peaux de Steve trouvent écho dans les notes enivrantes et tournoyantes des instruments à vent roots de Didier, le charmeur de serpents. Les rythmiques élancées et mélodieuses de Loy, l'alchimiste des cordes et des claviers (kora, gumbass, synthés...), complètent cet harmonieux tableau arborant les couleurs terreuse d'une identité enracinée dans quelques traditions nomades et flottant au grès des vents de sable vers d'autres horizons.

Guts – Paradise For All (Pura Vida Records/Heavenly Sweetness)


Guts – Paradise For All (Pura Vida Records/Heavenly Sweetness)

Expatrié à Ibiza depuis quelques années, le Dj/beatmaker français Guts nous invite à le rejoindre sous le soleil des Baléares… « Paradise For All » est notre carte d’embarquement. Ancien membre de l’Alliance Ethnik, qui inonda nos ondes radios de ses tubes « Respect » et « Simple et Funky » à la fin des 90’s, le producteur parisien publie aujourd’hui son troisième opus, paru sur son propre label Pura Vida Records, créé en 2009. Véritable petit bijou musicale, ce disque regorge de rythmes urbains ensoleillés, d’ambiances disco-caribéennes et de grooves funky chaleureux. Le projet instrumental offre une palette de couleurs et de textures allant des réminiscences hip-hop old school (Medhi in Paradise) aux sonorités reggae de la Jamaïque (Freedom), en passant par le tropicalisme de Sergio Mendes (Mi Isla Tropical), l’afrobeat de Fela Kuti (Brand New Revolution), le trip-hop de Bristol UK (Laisser Lucie Faire) et la Soul enivrante et sensuelle du courant Blaxploitation (Ghetto In Paradise)… Autant d’influences qui alimentèrent l’enfance de Guts, un rejeton de l’ultime « génération vinyle »… De ses 45 tours que sa maman lui offrait aux MPC 4000, SP 1200 et autres machines génératrices de rêves, il n’y a qu’un pas que notre bricoleur averti a franchi voilà plus de 20 ans. Samples, lignes de basse, loops, beats, FX…bref autant de d’ingrédients qu’il manipule avec goût et précision bien loin de toute démonstration technique. Musicalité et mélodie sont les deux grandes idées directrices de ce « Paradise For All » métisse et riche où l’on peut entendre ici un riff de sitar et là quelques notes de shakuhachi (flûte japonaise). Heavenly Sweetness, label d’un autre Dj/producteur parisien, Blackjoy, a encore vu juste en distribuant après l’excellent « Warm My Soul » de Blundetto ce « Paradis pour tous » enchanteur et nécessaire !

Vinicio Capossela - Marinai, Profeti e Balene (Ponderosa)


Vinicio Capossela - Marinai, Profeti e Balene (Ponderosa)

Ecrivain, songwritter et chanteur italien, Vinicio Capossela est un héritier de la pensée libre de Kerouac et Bukowski. Influencé par les artistes avant-gardistes de la scène folk américaine des années 60 et 70 (comme Joan Baez) et la littérature engagée de John Fante (précurseur de la Beat Generation), on le compare souvent à John Waits et son rock expérimental fantasque métissé de blues, de jazz et de country. Ce visionnaire prolifique, décrit comme « le plus grand secret de l’Italie » (Sunday Times), publiait l’an dernier son treizième opus intitulé « Marinai, Profeti e Balene », il sera distribué en France début Avril sur le label Ponderosa. « Le plus intrigant des voyageurs musicaux d’Italie » (magazine Mojo) s’inspire des littératures classiques liées à la mer, allant de l’Odyssée d’Homère aux romans de Herman Melville (auteur de Moby Dyck) auquel il rend surtout hommage dans son cd bonus de six titres intitulé « La Balena ». Ses morceaux évoquent un monde pseudo-mythologique où vivent des créatures étonnantes et effrayantes à l’instar du phoque moustachu et de la sireine Pryntil issus d’un texte inspiré par le sulfureux Louis Ferdinand Céline. Capitaine Capessola nous livre son carnet de bord où il nous dépeint l’océan, ses dangers, ses tempêtes, son obscurité et sa profondeur, ses légendes… mis en musique sur des airs de blues orienté sud du Mississipi (« Billy Budd »), de ballades épiques parfois sombres « I Fuochi Fatui », de musiques latines « Calipso » ou encore d’excentricités médiévales « l’Oceano Oilala’ »… Bref, une invitation au voyage et à la découverte d’un univers musical singulier et poétique.

Ludovico Einaudi – Einaudi Essentiel (Ponderosa/Harmonia Mundi)


Ludovico Einaudi – Einaudi Essentiel (Ponderosa/Harmonia Mundi)

Turinois de naissance, ce grand compositeur et pianiste italien est issu d’une riche et fameuse famille milanaise, la musique l’accompagne depuis sa plus tendre enfance. De ses classes au Conservatoire Verdi jusqu’à ses collaborations récentes avec des artistes de tous horizons (le joueur de Kora malien Ballaké Cissoko ou le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf) Ludovico Einaudi n’a eu de cesse de développer un style élégant et méditatif enrichi d’une grande culture musicale classique (Bach, Vivaldi, Berio, …), traditionnelle (Mali, Arménie, Russie, Sud de l’Italie, …) et pop (Pink Floyd, Radiohead, U2, …). Apprécié pour ses mélodies enivrantes et atmosphériques, son écriture introspective et son jeu ample séduisent les milieux du cinéma et de la publicité. Dans « J. Edgar » de Clint Eastwood, « Intouchables » interprété magistralement par duo Omar Sy et François Cluzet ou dans la campagne télévisuelle de publicité d’Orange, le son minimaliste si singulier de Ludovico résonne comme une évidence…  En publiant aujourd’hui « Einaudi Essentiel », il rassemble quelques titres sélectionnés à l’attention du public français parmi sa discographie et ses bandes originales de film. L’artiste nous invite à la contemplation et au rêve entre justesse et efficacité, sans grandiloquence inutile ni excès de lyrisme…Un musicien à la puissance délicate !

Eric Bibb - Deeper In The Well


Eric Bibb - Deeper In The Well 

Né dans une famille de musiciens newyorkais en 1951, Eric Bibb a côtoyé dès son plus son jeune âge les scènes folk et jazz que fréquentaient respectivement son père (chanteur) et son oncle (pianiste et compositeur). Une guitare greffée dans les pattes à 7 ans il est très tôt entouré de légendes et reçoit même à 11 ans les conseils avisés d’un certain Bob Dylan : « joue simplement et oublie tous les trucs trop sophistiqués ». C’est  lors d’une escapade parisienne que le guitariste décide de plaquer les études pour se consacrer à sa musique le Blues, il n’a alors que 19 ans, nous sommes en 1970. Quelques dizaines d’années plus tard et après plusieurs albums, Eric Bibb est internationalement renommé dans le milieu Folk/blues, il propose aujourd’hui son nouveau projet enregistré en Louisiane, une célébration du folklore cajun : « Deeper In The Well », qui sonne comme un retour aux sources. En effet les bayous forment depuis toujours un terreau propice aux métissages entre les influences africaines, françaises, espagnoles, caribéennes et amérindiennes. Le musicien ajoute donc à cet héritage sa propre touche empreinte de country, de gospel, de soul et de folk… Le résultat est intensément roots et coloré. Eric est accompagné pour l’occasion du multi-instrumentiste Dirk Powell (spécialiste de la tradition musicale des Appalaches), de Grant Dermody à l’harmonica, du jeune lion créole Cedric Watson et du batteur Danny De Villiers ; tous nous racontent leur histoire d’un blues profondément ancré dans les racines de cet ancien petit bout de France, meurtri par l’histoire et le déchaînement des éléments. Un très beau disque !

Oneira – Tâle Yâd (Hélico/Molpé Music/L’autre Distribution)


Oneira – Tâle Yâd (Hélico/Molpé Music/L’autre Distribution)

Oneira interprète une musique intrigante et envoutante mais difficilement identifiable ou classifiable, elle n’entre dans aucun registre en particulier pourtant ses sonorités et ses ambiances nous rapprochent parfois des rives de la mer Noire, de la mer Egée ou de la Méditerranée sans s’y fixer pour autant. On peut y écouter la vielle du musicien marseillais Pierlo Bertolino pleurer sur les percussions du maître d’œuvre,  l’iranien Bijan Chemirani  et la rhytmique du guitariste français Kevin Sedikki. Quant aux chanteuses enchanteresses Maria Simoglou, d’origine grecque, et Maryam Chemirani (sœur du leader de la formation), elles s’accordent au jeu hypnotique et jazzy de la flute du grec Harris Lambrakis… En somme Tâle Yâd (Mémoire d’Etoiles en persan) agit comme un songe, il donne corps à une contrée et une culture imaginaire située au carrefour des traditions helléniques, occitanes et iraniennes. C’est donc  entre la Grèce, la Turquie et le sud-est de la France qu’Oneira dessine son espace musical, entre héritages ancestraux et modernité, entre ici-bas sublimé et monde onirique… Un voyage apaisant et dépaysant !

mercredi 28 août 2013

Dafuniks – Enter The Sideshow Groove (Underdog Records)


Dafuniks – Enter The Sideshow Groove (Underdog Records)

J’entends déjà certaines critiques médire : « Encore un projet hip-hop soulful… » Et bien OUI, mais alors quel projet ! Dafuniks est un concentré de groove entêtant et envoûtant servi sur un lit de soul-music mâtinée de raw funk, de hip-hop et de jazz, le tout agrémenté d’un soupçon de scratchs inspirés et bien placés. Le combo originaire de Copenhague s’est formé en 2008 et débarque en France l’année suivante grâce à l’entremise de Radio Nova (encore elle !). Le public hexagonal réceptif et friand de ces petites mignardises l’adopte dans la foulée et  leurs 2 premiers titres « All I Want » et « Hello I Love You » sont programmés sur les ondes et figurent dans quelques compilations lounge de bonne facture. Composé d’un beatmaker, d’un Dj, d’un batteur, d’un bassiste et d’un guitariste, Dafuniks s’offre les services de Mc’s et de chanteuses de tous horizons (Pigeon John des USA, Mattic installé en France ou encore Barbara Moleko du Danemark) et garantit ainsi en live une puissance et une présence scénique plutôt admirable. Un Jazz Liberators à la danoise que l’excellent label Underdog Records (Flox, Fanga, Dajla…) soutient et aide à publier aujourd’hui  « Enter The Sideshow Groove », un disque au look old school poussiéreux sonnant comme un vieux vinyle qui craque… Un coup de cœur !
 
 

Groundation – Buildind An Ark (Soulbeats Records)


Groundation – Buildind An Ark (Soulbeats Records)

Les amateurs de sonorités roots vont jubiler en ce début d’année avec la parution du nouvel opus de la formation reggae la plus appréciée du moment. Groundation publie son 7° disque intitulé « Builiding An Ark », comme à l’accoutumé les textes interprétés par son leader « Professor » Harrison Stafford sont empreints de cette vibration mystique rastafari qui prône le respect de l’humain et de mère Nature dans un monde en perte de ses repères et de ses valeurs, déraciné et amnésique. Nous ayant habitué à des invitations prestigieuses comme les légendes jamaïcaines Pablo Moses, Apple Gabriel ou encore Don Carlos, la formation californienne opte ici pour un format recentré sur ses propres membres, soulignant ainsi leur virtuosité et leur savoir-faire. Issus du jazz, les 3 piliers du groupe colorent inévitablement leur reggae d’un groove jazzy racé et puissant où l’exigence musicale du jazzman se retrouve dans leur maîtrise méticuleuse des arrangements et des ambiances planantes voire hypnotiques. Groundation nous inonde une fois de plus de son énergie positive et brulante avec une efficacité et une spécificité qui n’ont eu de cesse d’évoluer depuis 1999 (et son premier opus « Young Tree »). Entre classicisme respectueux et modernité affirmée « Professor » et ses 8 comparses reprennent la route pour une tournées enflammées, à la rencontre d’un public inconditionnel.

Gizelle Smith & The Mighty Mocambos – Golden Girl Of Funk (Mocambo Records)


Gizelle Smith & The Mighty Mocambos – Golden Girl Of Funk (Mocambo Records)

Une ténébreuse chanteuse à la voix profondément soul et dont l'âme est résolument funk entre dans l'arène du groove de haut vol avec un album bluffant intitulé Golden Girl Of Funk. Gizelle Smith, accompagnée de l'excellent combo allemand The Mighty Macombos, nous offre un opus énergique  définitivement funky soul, fait à l'ancienne mais sans faute de goût. Propre et dans la plus pure tradition de ses sonorités intemporelles que la Motown et consœurs ont fait éclore il y a 50 ans, ce magnifique opus s'inscrit dans cette quête exploratrice qu'ont lancé les Divas Nicole Willis et Sharon Jones, à la recherche du feu sacré Gizelle a en effet trouvé sa voix en restant pure, fidèle et respectueuse. Sans rien cacher, cette sublime ebony woman affirme et revendique ses racines dans 12 titres efficaces et ravageurs qui n'ont qu'un but: user le parquet du dancefloor et défriser les perruques afro. Semblant sortir de la B.O. d'un Tarantino du temps de Jackie Brown, Golden Girl Of Funk est une galette rafraîchissante et jouissive, le premier morceau Working Woman a déjà été remixé par le grand Kenny Dope et l'on sait d'avance que la sister of funk connaîtra un franc succés auprès des aficionados du son vintage, pêchu et sensuel du raw funk.


Gerald Clayton – Two-Shade (Universal Music Jazz France)


Gerald Clayton – Two-Shade (Universal Music Jazz France)

À 25 ans seulement, Gerald Clayton, digne fils du Grand contrebassiste John Clayton, sort un classieux premier opus intitulé Two-Shade. Né dans le jazz, le piano s'impose à lui dès ses 10 ans. Formé par la crème made in U.S (Kenny Baron ou encore Monty Alexander), son jeu est l'expression d'une certaine idée de beauté découlant de l'alchimie entre pureté et simplicité d'un côté puis complexité et métissage de l'autre. En trio, avec le batteur Justin Brown et l'excellent bassiste Joe Sanders, Gerald interprète ses propres compositions et deux standards dont le très intimiste Con Alma de Dizzy Gillespie. Ouvrant son Two-Shade avec un Boogablues très groovy, son passage dans le RH Factor et l'influence de Roy Hargrove se font ressentir dès les premières notes et Two Heads One Pillow vient conforter cette première impression avec entre autre une ritournelle à la basse enivrante et terriblement efficace. Séduire et intéresser sont deux maîtres-mots dans la démarche du jeune artiste qui, cherchant sa voie trouve sa voix dans la coexistence vivante et intense qu'il établie entre l'héritage des grands maîtres et l'innovation du prodige. Se positionnant lui-même à la croisée des chemins, entre jazz East Coast et West Coast, New-York (son fief) et plus particulièrement Harlem lui prodigue inspiration et énergie...Gerald Clayton s'installe pour durer et il est sans nul doute une valeur sûre à suivre de très près.


Via Dakar & Via Kinshasa (Syllart Productions/Discograph)


Via Dakar & Via Kinshasa (Syllart Productions/Discograph)

L'Afrique est encore et depuis toujours une source intarissable d'inspiration et d'expérimentation. La musique est son fluide vital et même si le continent a été exsanguiné au cours de son histoire, la culture du métissage a su compenser les ravages d'un passé noirci par l'esclavage et la colonisation. Syllart Productions épaulées par Discograph rendent de nouveau hommage à cet étonnant laboratoire de créations musicales qui a réconcilié dès les années 40 la musique africaine et ses cousines afro-cubaines et caribéennes. Faisant suite à la collection African Pearls qui compilait déjà les sons d'inspiration nord et sud-américaine de l'Afrique moderne des 70's, Afrolatin vient compléter cette immersion dans ces phénomènes de fusions musicales fascinantes de l'Afrique atlantique avec ses deux premiers volets dédiés aux capitales Dakar (Sénégal) et Kinshasa (Congo). Entre réinterprétations et arrangements traditionnels, la vivacité de cet élan artistique n'a d'égal que le nombre incommensurable de 45 tours qui restent encore à découvrir dans les caves des innombrables radios africaines. En format double CD, Via Dakar et Via Kinshasa sont deux nouvelles pierres apportées à l'édifice...    

Frank Woeste - Double You (Just Looking/World Village)


Frank Woeste - Double You (Just Looking/World Village)

Né en Allemagne et élevé dans une jam session familiale qui durera jusqu'à ses classes au Conservatoire de Brême, le jeune pianiste Frank Woeste pense qu'"être jazzman, c'est un état d'esprit, celui du chercheur". Dans les traces de ses maîtres à penser, Miles, Monk ou Hendrix, ce spécialiste du Fender Rhodes assume ses écarts et ses incursions entre les répertoires du jazz, du rock et de la pop. Débarqué en France en 1997, il se fait rapidement remarquer pour ses expérimentations inspirées au piano, très polyvalent et toujours respectueux des compositions qu'il interprète, il s'entoure logiquement de la crème du jazz français et c'est d'ailleurs avec ses fidèles acolytes qu'il sort aujourd'hui son quatrième album intitulé W-Double You. Accompagné de Jérôme Regard à la contrebasse et de Mathieu Chazarenc à la batterie, il est rejoint par Sylvain Rifflet à la clarinette, Magic Malik à la flûte (ainsi qu'au chant !) et François Bonhomme au Cor. Frank y explore le théme du contrepoint, superposant ses lignes mélodiques, main droite et main gauche se partagent les honneurs entre rigueur de la composition et liberté de l'improvisation. A noter l'étonnante performance vocale de Malik Mezzadri dans Minimal Animal et Minimal Animal II, deux morceaux habités d'une atmosphère étrange, travaillée en clair/obscur par un orfèvre qui mérite toute notre attention.